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Alain Howiller.

Alain Howiller, directeur de la rédaction des Dernières Nouvelles d’Alsace
L’Alsace plurielle est dans les winstubs.

À la tête du quotidien régional dominant, Alain Howiller reflète cette Alsace qui espère qu’on l’aime. Et qui, au fond, tout petit îlot d’identités plurielles au milieu d’océans standardisateurs, se soucie fort peu de distinctions géopolitiques surannées. Regard d’observateur aiguisé par quelques décennies de journalisme à Strasbourg et Colmar, Alain Howiller aime le vin d’Alsace et l’ambiance des winstubs. Et déplore les complexes alsaciens. Rencontre.
« Lorsque j’ai été nommé à Colmar, beaucoup m’ont incité à changer tout de suite la plaque d’immatriculation de ma voiture pour éviter de faire remarquer ma provenance bas-rhinoise. En fait, personne ne s’est jamais soucié de mes “origines”. Même s’il existe des racines historiques pour justifier de différences entre Haute et Basse Alsace, toute cette histoire est devenue caricaturale », soutient d’entrée le directeur de la rédaction des Dernières Nouvelles d’Alsace. Traduit en langage vinique, les bons vins ne sont pas d’un département et les médiocres de l’autre ! Ce n’est d’ailleurs pas la rédaction de Format Raisin qui contredira notre confrère, surtout pas à l’époque où le vignoble alsacien s’engage résolument dans une logique de vins de terroirs qui transcende toute « logique » administrative.
Alain Howiller sait combien sont piégés les discours et les commentaires autour de cette question. Mais selon lui, si rivalité il y a, on la repère entre les trois principales villes alsaciennes avec lesquelles il n’est pas tendre : « Mulhouse, Colmar et Strasbourg doivent s’entendre pour défendre ensemble des projets d’aménagement et de développement. Ce sont ces trois cités qui tirent toute l’Alsace », constate Alain Howiller. Des propos qui, rapportés au vin, vont encore faire grincer des dents, dans la mesure où l’on sait les crispations stériles qui sont nées du retour de Strasbourg à son passé viticole. « C’est une excellente chose qui n’ôte rien au statut de capitale du vignoble de Colmar. Les initiatives du Vignoble de Strasbourg sont géniales car elles font revenir le vin d’Alsace dans cette ville qui avait mis son histoire viticole entre parenthèses », souligne le directeur de la rédaction des DNA.

Les alsaces à Strasbourg, le retour

Pas question pour lui de mettre entre parenthèses son expérience de journaliste économique. S’il attribue des qualificatifs aussi flatteurs aux entreprises du Vignoble de Strasbourg, c’est parce qu’Alain Howiller est persuadé que le vin d’Alsace est en passe de perdre son marché premier, son implantation de proximité. « On a dépensé des sommes considérables pour vendre des alsaces aux Etats-Unis ou dans des marchés éloignés. Dans le même temps, d’autres vins envahissent l’Alsace et il faut absolument reconquérir le marché alsacien », insiste-t-il.
Une tâche d’autant plus essentielle que des raisons historiques profondes expliquent la faiblesse de la culture viticole dans la région. « Pour comprendre cette situation, il faut remonter à l’époque féodale. Alors que la noblesse installait ses châteaux, hauts lieux de l’histoire et de la culture locale, avec leurs personnalités reconnues, leurs bibliothèques et leur influence, l’Alsace se développait grâce à ses villes. Nous n’avons ni châteaux ni aristocrates du vin reconnus par le grand public. Et les tenants de la culture viticole restent plutôt entre eux en Alsace. Même les plus réputés d’entre eux se mélangent rarement avec les autres couches de la société », analyse Alain Howiller. « C’est peut-être aussi parce que nous sommes une région de culture populaire que l’on privilégie plus ou moins inconsciemment l’idée de vins d’Alsace faciles à boire, prêts

Le manque de culture des grands vins

L’un des vecteurs de cette culture qui ne manque pas de lettres de noblesse mais dont les effets pervers sont connus réside dans la tradition strasbourgeoise des winstubs. « Aujourd’hui encore, ce sont de formidables lieux de rencontres. Tous ne se sentent pas à l’aise au Stammtisch, lieu de discussion et d’échanges où l’habitué s’installe et fait la place au non habitué. « Sans doute, les winstubs ont-elles représenté des lieux de culture minoritaire, des refuges, à l’époque du développement des brasseries à Strasbourg. Aujourd’hui, les deux boissons offrent leur rôle de liant social qui favorise les échanges que je vis régulièrement dans les winstubs dans lesquelles je me rends. Dommage que cette culture ne soit pas mieux répartie en Alsace », constate Alain Howiller.
Mais l’ambiance inimitable des winstubs strasbourgeoise est une chose, la perception des vins d’Alsace sitôt franchi le Col de Saverne, en est une autre. « Le vin d’Alsace n’a pas trouvé son image culturelle forte en dehors de chez nous, contrairement à des vins blancs issus d’autres régions viticoles. Même, nos vins sont le plus souvent associés à des images folkloriques avec une connotation négative voire dérisoire. Boire des alsaces avec une choucroute, cela paraît possible, mais le prix va sembler trop élevé. Les alsaces ont du mal à dépasser ce stade de l’association avec des plats d’Alsace », constate le directeur des Dernières Nouvelles d’Alsace.
Aux professionnels de trouver des solutions pour trancher ce nœud gordien. Et à bien d’autres décideurs de reprendre au vol le point de vue de notre hôte ; de toutes évidences pôle d’excellence de l’Alsace, les vins d’ici ne sont que très rarement cités au rang des fiertés régionales par les élus, en dehors d’un contexte spécifique. Entre les représentants de l’économie locale qui répugnent à servir les productions issues de leur champ de compétence, les politiques qui préfèrent éviter les retours de bâtons des anti-alcooliques et des hygiénistes, le vin est souvent laissé à son interprofession… et ses moyens réduits.

La fidélité et les complexes

En attendant que nos vins trouvent mieux grâce aux yeux de nos concitoyens, les habitudes d’Alain Howiller en matière de vins – d’alsaces ou d’ailleurs – demeurent, immuables. « Je fréquente le même vigneron alsacien. Même chose dans le bordelais, d’ailleurs », avoue-t-il en sachant bien que ce genre de fidélité est devenue exceptionnelle. Avec toutefois une nuance, le directeur des DNA confessant en réalité deux sources d’approvisionnement en Alsace, selon le type de vins recherchés. « J’ai une préférence pour les rieslings secs et minéraux qui autorisent des associations gastronomiques nécessaires. Et je m’inquiète de rencontrer si fréquemment des alsaces trop doux. Le vignoble effectue une évolution “à l’allemande” alors que nos voisins reviennent désormais à d’autres types de vins. Le sucre envahit nos vins ce qui en complique encore la perception », déplore-t-il.
Fidèle dans ses choix comme dans ses convictions, Alain Howiller reflète cette Alsace conviviale et plurielle, qui aime recevoir, mais se coince aussi dans ses complexes. Une région où l’on veut être aimé pour ce qu’on est et ce que l’on sait faire.



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