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Jean-Dominique Marco (directeur du festival Musica).

L’avenir appartient aux curieux.

Le directeur du festival de musiques contemporaines Musica aime la curiosité. En matière musicale bien sûr, aussi dans le domaine des vins. Cette vertu permet selon lui d’appréhender le futur car elle ne s’applique que grâce à la connaissance du patrimoine. Pas d’avenir sans racines fortes, dit-il entre autres. Rencontre avec un amoureux de l’Alsace et de ses vins.
Jean-Dominique Marco est l’un de ces Alsaciens mieux identifiés au-delà des Vosges et du Rhin que le long de l’lll. Quoique la notoriété soit affaire toute relative, ce Mulhousien devenu Strasbourgeois par passion, profession et adoption vit sa vie de directeur de Musica, le festival des musiques d’aujourd’hui par monts et par vaux, d’avions en salons et de concerts en détection d’artistes à programmer. Côté look, rien du maestro ravageur ou un rien ravagé, une allure toute simple de citoyen d’aujourd’hui. Il arrive parfois au chroniqueur de ressentir l’envie de s’attarder sur la description du bureau, cadre de vie de la personne rencontrée.
Ce ne sera guère le cas ici, en dehors d’une impressionnante collection de disques, pas franchement étonnante chez un directeur de festival musical. Les locaux de l’administration de Musica ne flottent pas dans les paillettes, avec éclairages sophistiqués et personnel recruté autant sur mensurations et caractéristiques plastique que sur CV. Ce n’est pas le genre de la maison, sans qu’on puisse y trouver matière à ironie. On n’est pas non plus au monastère. Chez Musica, on travaille et Jean-Dominique Marco consacre volontiers temps et attentions à ses hôtes dans ce cadre finalement rassurant.

Audace et tradition

On ne respire pas ici l’élitisme et ce n’est sûrement pas un hasard. Car Jean-Dominique Marco sait bien que Musica est a priori moins populaire que d’autres formes de musiques dont Strasbourg est plutôt richement dotée. “ C’est l’une des villes françaises les plus actives en matière de musique. C’est d’ailleurs l’une des raisons pour laquelle Musica peut exister ici. Il y a un énorme public pour la musique et on trouvera toujours un vivier potentiel de mélomanes curieux ”, considère-t-il. On lira en encadré l’éloge de la curiosité de Jean-Dominique Marco ; “ La modernité ne fonctionne que si l’on s’intéresse au patrimoine ”, affirme-t-il. “ Et le monde du vin reflète particulièrement bien ces deux dimensions ”, poursuit le directeur de Musica.
“ Plus la tradition est riche, plus on a de chance de vivre pleinement la modernité. A force de travail, la qualité des vins d’Alsace s’est considérablement améliorée. Les vignerons appliquent aujourd’hui des moyens modernes, font souvent preuve d’audace en s’appuyant sur une tradition riche ”, explique-t-il, considérant que cette alchimie est l’une des conditions permettant l’évolution d’une société. Cette science occulte est également l’une des composantes de la relation passionnelle entretenue par notre invité et Strasbourg : “ Je suis incapable de quitter cette ville merveilleuse aux traditions parfois si pesantes mais si pleine d’audace. Très peu de villes peuvent se targuer de disposer d’assises patrimoniales aussi fortes et de la capacité à la modernité ”, souligne-t-il.

Plongée en winstub

Les artistes et les journalistes internationaux qui suivent ou participent à Musica ne manquent d’ailleurs jamais une occasion de se plonger dans les racines strasbourgeoises au gré de soirées “ winstub ” à la fois réputées et inscrites au programme de ces visiteurs de marque de la ville. “ C’est un passage obligé et une occasion de déguster impérativement un peu de l’or du Rhin, les vins blancs d’Alsace ”. Un témoignage de nature à renforcer la conviction de ceux qui pensent qu’une part très importante de l’avenir des alsaces se situe dans la métropole régionale et qu’il est nécessaire d’y réimposer les vins de gastronomie issus de terroirs imprimant leur marque plutôt qu’aux petits vins de cépage sans relief.
“ La bonne chère, les vins, la culture, quels atouts pour Strasbourg ! ”, constate ce Mulhousien de 49 ans qui dirige aussi le réseau Varèse, destiné à favoriser la circulation des œuvres contemporaines d’artistes peu connus, et qui participe aussi aux travaux de l’Unesco en matière culturelle. “ Il n’y a pas de hiérarchie dans la musique. Certaines sont bonnes, d’autres moins mais il n’y a pas d’un côté une musique qui serait grande et des genres inférieurs. Pour ma part, je suis curieux de toutes les musiques. Comme de vins. J’apprécie surtout de connaître des appellations méconnues qui peuvent être autant satisfaisantes, sinon plus, que des vins très cotés ”.

Oxygéner le cerveau

Le propos peut paraître convenu mais il n’est pas inutile de le remettre en scène : si le vin peut faire tourner les têtes, il représente aussi une culture. “ On en peut pas boire de vins sans pratiquer l’art de le boire ”, insiste Jean-Dominique Marco. “ Je suis entré dans le monde du vin grâce à des amis, chasseurs comme moi. La dégustation d’un vin rassemble des gens très différents, permet de laisser de côté les différences. Je voyage beaucoup et lors des fréquents déjeuners de travail auxquels je participe, je constate combien le verre de vin représente une occasion d’échanger avec passion et favorise la convivialité ”. Utile lorsqu’il s’agit d’entrer dans le vif du sujet.
Même si Jean-Dominique Marco réserve ses vrais moments de culture vinique à son intimité, avec amis et famille, il n’oublie pas les valeurs profondes des arts de manger et boire. “ Je ne connais pas de gens qui aiment cuisiner qui ne soient pas sociables. Faire la cuisine témoigne de la générosité. On consacre du temps, de l’énergie pour donner du plaisir à ses amis. Ces rites sociaux sont d’autant plus utiles dans un monde qui manque de convivialité, marqué par les stress et l’individualisme. Un bon repas et des vins représentent une possibilité d’oxygénation du cerveau ”, raconte le directeur de Musica.

Les arts de vie modernes

Pourtant, notre invité a choisi de ne plus être le fumeur de havane qu’il fut… Difficile de dissocier ce plaisir intimement lié aux meilleurs moments des joies de la table de l’envie moins scintillante d’une “ petite ” cigarette à griller et des caractéristiques néfastes du tabagisme. Alors, exit les cigares mais pas une autre passion, la chasse. “ Il y a un parallèle intéressant entre la chasse et le vin. Ce sont deux passions éminemment respectables mais qui souffrent auprès de certaines personnes d’images déplorables. Un chasseur, c’est forcément un viandard et un buveur un poivrot. Pourtant, ce sont des activités nobles et c’est justement la caractéristique de l’humain par rapport à l’animal : l’homme donne de la noblesse à ses activités traditionnelles, les transcende en arts de vie pour éviter de rester au degré zéro de l’existence. C’est aussi de la sorte qu’on favorise la modernité : en choisissant les bons chemins de l’avenir basés sur la mise en valeur de nos traditions ”.
Malheureusement, Jean-Dominique Marco ne possède pas de cave personnelle… Faute de local adéquat dans l’immeuble de centre-ville où il réside mais pas faute d’envie. Alors, ce sont les soirées entre amis qui permettent au directeur de Musica de mettre en pratique ses souhaits d’oxygénation du cerveau autour d’un verre de blanc d’Alsace, de préférence, pour se rappeler une différence fondamentale entre hommes et animaux. Les uns créent, les autres pas.

Musica, c’est quoi ?

L’éloge de la curiosité
Le festival Musica a été créé par Jack Lang et Pierre Pflimlin, alors maire de Strasbourg, en 1983. “ Son ambition est d’aider des artistes vivants à continuer la quête de la création ”, indique Jean-Dominique Marco qui avait participé à la création de l’événement alors qu’il était encore délégué régional à la musique dépendant du ministère de la Culture. “ Nombreux sont les compositeurs qui considèrent qu’il n’y avait plus rien d’intéressant à écrire en utilisant les mêmes bases musicales que les musiciens “classiques” ”. Autrement dit, comment créer sans faire du sous-Beethoven ? “ Ils ont quitté la tonalité, parfois même la mélodie et se sont coupé de nombreux auditeurs qui ne comprennent pas la démarche. Notre rôle est d’aider la part du public qui possèdent la qualité essentielle qu’est la curiosité à s’enrichir de musiques qu’ils ne connaissent pas ”, décrit Jean-Dominique Marco.
“ L’homme se différencie de l’animal par sa capacité à inventer. La création est un acte de résistance et pas de complaisance ”, estime le directeur de Musica. “ Grâce à la curiosité, à la découverte de choses nouvelles, on peut lutter contre des mauvais penchants de l’homme, comme le racisme. Il y a quelque temps, le racisme s’appliquait déjà aux habitants du village voisin. L’humanité a malgré tout évolué même si le risque d’uniformisation nous menace aussi. C’est pour cela que la curiosité est si importante et dans tous les domaines. Rien ne m’agace plus que quelqu’un qui parle de “son viticulteur” ou “de son vin, toujours le même”, alors que le monde du vin est si riche de ses différences. Pour aimer, il faut être curieux ”.
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