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Yolande et Michel Haag.

Les histoires d’amour des brasseurs.
On peut être brasseur, et même le plus grand indépendant de France, et aimer le vin. Yolande et Michel Haag dirigent l’entreprise familiale Méteor, basée à Hochfelden. Ils sont la 7ème génération de cette famille à porter le flambeau de la brasserie indépendante en Alsace. Rencontre avec des amoureux de la bière, bien entendu, et aussi de la vigne, du vin, des plaisirs de la table.
A l’heure où les grands groupes industriels n’ont plus tellement la cote, les PME sont observées avec des yeux de Chimène. Réputées plus réactives, plus souples dans leur fonctionnement, moins brutales aussi avec leur personnel, elles affichent souvent des santés économiques insolentes. Dans le monde impitoyable de la brasserie où l’on se vend au plus offrant et où les fermetures de sites se sont multipliées d’une façon inouïe en vingt ans, des entreprises comme Méteor apportent une grande goulée de fraîcheur et de saveur. A la manière d’une pils de Hochfelden.
On laissera de côté toute tentative panégyrique pour relever simplement quelques faits dans l’actualité récente du brasseur. Avec par exemple, l’un des tout premiers accords « de Robien » en France, prélude au passage aux 35 heures. A la clé, des créations d’emploi et l’image d’une entreprise en avance sur son temps et une direction en phase avec son personnel. « Le secteur brassicole a perdu la moitié de ses emplois depuis vingt ans. Nous avons augmenté nos effectifs dans le même temps », souligne Michel Haag, le PDG. Et ce n’est pas son épouse Yolande, responsable de la communication, qui dira le contraire : « Nous voulons conserver l’image d’une entreprise familiale qui sait aller de l’avant », précise-t-elle. Ainsi, Méteor a-t-elle obtenu la certification ISO 9002 voici 4 ans. « Nous n’avons pas attendu les normes pour faire la qualité. Alors le passage aux référenciels s’est fait plus aisément ».
Difficile, lors d’une visite chez le brasseur, d’échapper à l’enthousiasme des Haag. Qu’il s’exprime avec retenue à la manière de Michel ou de la façon plus volcanique de Yolande, les patrons de Méteor aiment leur activité, l’expriment et le communiquent. « Le monde brassicole possède de nombreuses traditions très anciennes. Le goût et les sensations y occupent une place essentielle, tout comme le patrimoine que l’on conserve tout en sachant évoluer et aller de l’avant », commente-t-ils. « Les brasseries sont des éléments du patrimoine de l’Alsace. Comme la vigne ».

Un verre à la main…

Le parallèle n’est-il que de pure forme, histoire de séduire d’entrée les lecteurs de Format Raisin ? « Dans la bière, il y a de la passion et de la convivialité. Comme dans le vin. Debout avec un verre à la main, on se libère, on devient plus créatif », décrit Yolande Haag. « Les deux sont complémentaires. On ne boit pas le vin et la bière de la même manière ni dans les mêmes circonstances. Il y a un temps pour les deux. La bière se boit à grandes gorgées, le vin par petites quantités. Il n’y a aucune opposition entre les deux », affirment-ils. Et, preuve des souvenirs à l’appui, les brasseurs d’évoquer des tablées d’amis ravis de tokay pinot gris 59 du domaine familial. Car si les Haag ont quelque pertinence à évoquer la complémentarité entre bière et vin, à parler de cette passion équivalente qui anime brasseurs et vignerons, c’est parce que la famille Haag possède des vignes à Hunawihr, dont les vins ont été longtemps commercialisés sous l’étiquette « Louis Haag ».
Aujourd’hui, la famille des brasseurs ne s’occupe plus directement du domaine, travaillé et commercialisé par un vigneron du village ; subsistent une culture et une identité. « Mon grand père gardait les meilleurs millésimes et commercialisait les autres », s’amuse Michel Haag. Pour qui les souvenirs liés au vin sont à la fois intenses et riches. « Les moments passés avec nos amis et qui sont liés au vin parlent d’amitié et marquent des relations très longues. Nos hôtes ont parfois conservé les bouteilles servies à notre table, comme un Clos Sainte Hune 1934 ». Quant à Yolande Haag, diplômée de l’Ecole hôtelière d’Illkirch-Graffenstaden et quart de finaliste au concours de meilleur sommelier de France catégorie élèves, elle conjugue le passion : « C’est énorme ce qu’on peut produire comme passion avec des bouteilles de vin servies judicieusement, aux bonnes personnes, aux bons moments. Il y a tant d’histoires d’amour dans le vin », résume-t-elle.

Etre disposé au bonheur de celui qu’on reçoit

Ces dernières dimensions reviennent d’ailleurs avec régularité dans les propos des brasseurs. Lorsqu’ils évoquent leur métier, « une passion à faire partager », la nécessité de vendre, « mais avec de la passion en plus », ou encore la volonté de « communiquer l’amour de ce que nous faisons »… « Dans la bière comme dans le vin, existent des approches culturelles et de cœur. Il faut savoir jusqu’où l’on peut partager le plaisir de grands moments passés à table », complète Yolande Haag. Sur ce thème, les patrons brasseurs sont d’ailleurs fort diserts, multipliant souvenirs et anecdotes et compliments, puisque Michel Haag n’hésite pas à qualifier son épouse de « cuisinière hors pair », elle qui avoue par ailleurs apprécier particulièrement préparer les tables pour un repas. « Ceux qui disent qu’ils ne cuisinent pas faute de temps se cherchent des prétextes. Recevoir, c’est être disposé au bonheur de ceux qu’on reçoit. Il faut créer une ambiance, avec les moyens du bord. Et la simplicité donne souvent de beaux repas », décrit-elle.
« Les civilisations sans vin engendrent des distorsions graves », constate plus gravement Michel Haag, évoquant ce qu’en disait Jean-Paul Kaufmann, d’ailleurs vivement concerné par les deux éléments de l’affirmation. Encore faut-il avoir l’accès aux saveurs du vin – et de la bière – ce qui n’est pas si évident. « Vins et bières connaissent les mêmes dérives. On demande des goûts de plus en plus neutres, sans relief voire édulcoré. On perd son âme en suivant les effets de masse et de mode. Tout cela contribue à fausser les goûts », déplore Michel Haag. « Aujourd’hui, on éduque trop de gens aux goûts neutres. C’est à nous brasseurs mais aussi simplement à nous parents d’inverser les tendances. Il tient à nous que l’on revienne aux goûts plus authentiques, à valoriser les odeurs, les souvenirs, à donner des racines aux saveurs. Il faut rechercher le contact avec les arômes, les senteurs, les produits », considère Yolande Haag.

Des combats de parents et de patrons

Des combats qui mobilisent aussi bien les parents que les dirigeants d’entreprise que sont Yolande et Michel Haag. Ils savent bien qu’une part importante de l’art du brasseur réside dans l’observation, la dégustation, l’approche sensible. C’est la part de leur activité qui restera hors norme, quelles que soient la valeur et la nécessité des démarches de validation de la qualité opérées dans la brasserie Méteor. Et c’est d’ailleurs aussi pour ces raisons que les brasseurs se sentent autant attirés par le monde du vin, au-delà de la part de racines vigneronnes dont ils peuvent se prévaloir. Eux qui entendent d’ailleurs promouvoir la dimension patrimoniale de la bière d’Alsace ne sauraient faire l’impasse sur leur passion pour les vins d’ici.
« La bière est souvent considérée comme trop populaire, pas assez féminine. On arrive à corriger cette image, petit à petit, à mettre en avant ses côtés désaltérants, relaxant », décrit Yolande Haag. Mais pour son mari, pas de doute : « Sur de nombreux repas, avec certains plats, l’absence de verre de vin se fait sentir. Il manquerait dans bien des cas ». Une manière de démontrer la complémentarité de la bière et du vin tout en rappelant combien grande est l’importance de la table et des relations qui peuvent s’y nouer. Juste après les temps de Pâques, ceux qui ont eu la curiosité ou la pratique religieuse pour suivre les festivités chrétiennes le confimeront : en donnant une dimension divine à la table et au « dernier repas », le Christ ne pouvait pas mieux poser l’importance essentielle, et pas seulement symbolique, du fait de se retrouver ensemble autour d’une table. Dans ce geste pourtant si quotidien, si banal, s’échangent selon le contexte la tendresse et l’amour, l’accueil et le partage, le don de soi et le respect de l’autre. Les vignerons le savent bien, eux qui pratiquent ce métier hautement symbolique et spirituel. Certains brasseurs semblent bien avoir également pénétré ces mystères.

Petit plus informatif

S’il n’en reste qu’un…
Ils seront deux en Alsace ! Depuis l’intégration surprise du groupe Fischer à Heineken, les brasseurs indépendants alsaciens ne sont plus que deux si l’on excepte les micro-brasseries ainsi que la brasserie de Saverne, dépendant d’un groupe familial sarrois.
Ces derniers des Mohicans sont ainsi Schutzenberger, à Schiltigheim et Méteor à Hochfelden. Reste à connaître, alors que l’on entend si souvent parler de boycott des géants accusés de tant de maux, quelle est la part de ceux qui sont prêts à privilégier les indépendants qui apportent la diversité. « Les gens ne savent pas combien les entreprises indépendantes sont fragiles. Et sont prêts à verser des larmes de crocodile en cas de fermeture, alors qu’ils n’ont jamais privilégié le “petit” indépendant dans leurs achats, auparavant », déplorent les Haag.
Et ce qui est exact dans la brasserie se confirme dans bien d’autres domaines de l’économie. Mais c’est évidemment plus grave dans tout ce qui touche au patrimoine régional.
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Extraits de notre magazine "Vigneron d'Alsace(s)"

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