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Le Domaine Haag, de Soultzmatt

La relève de la Vallée Noble s’affirme.
Myriam et Jean-Marie Haag ne comptent pas encore parmi les coqueluches du vignoble alsacien. Travaillant avec cœur et passion des vignes de la Vallée Noble et notamment du Zinnkœpflé, ce domaine de Soultzmatt s’affirme d’année en année comme une valeur sûre. Rencontre d’une famille attachante.


Dans le monde très inégalitaire des grands vins, certains vignerons mettent en valeur un patrimoine que d’autres leur envient. Certains, ainsi, sont les dépositaires du patrimoine constitué par des générations de vignerons : lourde succession, où se mèlent splendides maisons, terres généreuses, tradition vénérable et nom réputé. D’autres, plus simplement, ont la chance d’être nés au pied de quelque coteau où se complait la vigne. C’est dans cette deuxième catégorie que l’on trouvera Myriam et Jean-Marie Haag, de Soultzmatt.
Ici, le Zinnkœpflé règne en maître. Ce dieu soleil n’est pas accessible à tous. Seuls d’opinâtres et inspirés vignerons savent lui rendre hommage sans s’y brûler les ailes. Quant aux vins qui en sont issus, ils méritent plus que bien d’autres mémorables grands crus d’Alsace, qu’on leur accorde la vertu nécessaire à l’expression aboutie des grands vins, la patience.
Dans cette vallée à laquelle Sophie Marceau ajouta quelques quartiers de noblesse en ajoutant son charme à quelque bacchiques célébrations, l’on rencontre déjà un ténor dont les partitions sont en bonne place dans les livrets des critiques avisés. Seppi Landmann évolue entre le basson et le contre-ut, jouant solos, contrepoints, harmonies et unissons avec ses crus au palmarès de star. L’hôte de l’autre étoile, Sophie Marceau, a répondu aux sceptiques qu’on entre en Vallée noble en terre de grands vins. D’autres roturiers avaient, avant lui ou à ses côtés, su trouver dans leurs plants matière à privilège. Le Zinnkœpfle n’est pas prêt de connaître sa nuit du 4 août car Soultzmatt se trouve une relève.

Ne pas décevoir.

Par exemple, les Haag. Oh, leur domaine n’a pas l’ostentation architecturale et historique d’une de ces demeures multi-séculaires qui font la fierté de certains de leurs collègues, mieux situés dans le village. Pour trouver le caveau et les installations du domaine Haag, il faut emprunter des ruelles étroites, chemins de traverse agréables bordant le torrent descendant du Grand Ballon. Qu’importe, quiconque est à Soulzmatt est déjà à l’écart des boulevards touristiques de l’Alsace. Peu leur chaut donc de travailler leurs vins à distance de la route principale, si leur réputation naissante contribue à amener amis, visiteurs et clients dans leur caveau.
J’évoquais en préambule le destin de certains vignerons, placés par la grâce des hasards génétiques comme dépositaires de patrimoines immenses, donnant à ceux qui savent les faire fructifier des privilèges sans pareils. En fait, Jean-Marie Haag n’est pas de ceux-là. Certes, son grand’père savait tirer bon parti de quelques arpents de vigne en Vallée Noble. Mais son métier principal était l’extraction de la potasse, plus loin, au débouché de la vallée et mille mètres sous terre. Le père de Jean-Marie fut, au contraire, vigneron à plein temps. Si bien d’ailleurs qu’il sut établir un domaine florissant ; sans doute aurait-il souhaité goûter au fruit de son travail un peu plus longtemps, mais il disparut en 1982, laissant un fils âgé de 21 ans aux commandes de l’exploitation.
“C’était brutal et un rien angoissant. Il fallait tout assumer, ne pas décevoir la clientèle”, se souvient Jean-Marie. Mais il était dit qu’une bonne étoile veillait sur lui, car personne ne fut déçu. Et, surtout, sa compagne Myriam et lui-même surent trouver les méthodes pour bien travailler vignes et vins et les mots pour vendre les bouteilles. Ce travail entrepris à deux à l’aube de leur vie d’adulte se poursuit aujourd’hui en époux qui ne se lassent ni d’observer le chemin parcouru, ni celui qui reste à faire, rythmé par les saisons de la vigne et l’évolution de leurs deux enfants, Marion et Théo.

Aller vers les clients.

Myriam, à l’instar de nombreuses autres épouses de vigneron, n’est pas issue du sérail viticole. Il lui a fallu apprendre, beaucoup, dans un laps de temps très bref. « Je me souviens d’un salon en Belgique en 1982. Nous ne savions ni nous tenir, ni vraiment quoi dire. Ce serait amusant de se revoir en vidéo, après quelques années d’expérience », commente Myriam Haag. Car depuis, le couple de vignerons qui poursuit une fréquentation régulière des salons en tous genres a gagné en expérience. « Notre domaine n’est pas implanté sur une rue passante. Les gens ne viennent pas spontanément vers nous, alors nous allons vers les clients potentiels, c’est notre stratégie », poursuit Jean-Marie Haag.
Cette attitude a valu au vigneron et son épouse de se donner une solide confiance en ses moyens. « Nous devions rassurer les clients habitués que les vins allaient rester de bonne qualité. Je me souviens notamment d’un agent qui est venu déguster trois ans de suite lors d’un salon à l’étranger. La quatrième année, il a commencé à passer des commandes et depuis, il n’a jamais cessé. Il nous a testé et, apparemment, a été satisfait », indique Jean-Marie Haag.
En dehors de cette présence régulière lors de salons spécialisés, le vigneron de Soultzmatt a misé sur une politique relativement originale, celle des « groupeurs ». Au départ, ce sont de bons clients qui parlent de nos vins à des amis et qui passent des commandes groupées. Le système s’élargit petit à petit et ces personnes nous transmettent des achats en quantité de plus en plus significatives. Pour livrer, nous nous déplaçons, organisons une dégustation, qui permet aux clients qui ont acheté de bonne foi de vérifier la qualité de nos vins. Tout ceci se passe dans une atmosphère d’amitié, car les relations que nous tissons avec les groupeurs deviennent de plus en plus denses au fil des ans », se réjouit Myriam Haag. Bien sûr, cette pratique ne représente qu’une part des ventes du domaine, mais on sent que l’attachement que les Haag y portent est proportionnel à l’amitié qui s’est établi avec certains de ces clients lointains.

Les vins à la Trappe.

Autre originalité : grâce à une relation familiale du vigneron, le domaine Haag s’est fait référencer dans une structure intéressante. Il s’agit d’un monastère trappiste aux Pays-Bas, qui a mis sur pied un système de gestion de caves particulières. En grandes lignes, les moines ont aménagé une partie souterraine du couvent en caves séparées ; des clients leurs confient les achats de vins, un « état des lieux » ainsi que les livraisons éventuelles pour des repas. « Il fallait être moine pour trouver une idée aussi géniale et adaptée aux Pays-Bas », estime Jean-Marie Haag. « Leur affaire obtient d’excellents résultats à tous points de vue. Lorsque nous avons pu y entrer, le supérieur du couvent m’a averti qu’il ne faisait guère plus de 300 bouteilles d’Alsace par an. Nous en vendons désormais plus de 4 000… ».
Cette réussite témoigne bien sûr d’abord de la qualité des vins du domaine Haag. Elle récompense aussi une stratégie basée sur la recherche de relations individuelles de qualité, durables, plutôt que de « coups » occasionnels. « Pour vendre nos vins, nous devons sortir de chez nous, ce qui a d’ailleurs également pour effet de nous faire découvrir d’autres réalités, connaître d’autres vins, différentes approches. Grâce à nos efforts, les exportations ont grimpé en flèche ces dernières années, pour atteindre un bon tiers de nos ventes ».
De quoi, paradoxalement, provoquer quelques nuits blanches chez les Haag, confrontés à la grave question de l’expansion du domaine. « Le choix est bien difficile et nous sommes en pleine réflexion », admet le vigneron. Car avec 6 hectares – dont 2 sur le Zinnkoepfle – le domaine est parvenu aux limites de ses possibilités commerciales. Quant à s’agrandir, cela relève d’une autre logique. Les Haag ont déjà investi dans de très belles installations techniques et leur hésitation est partagée par bien d’autres vignerons. Reste que les professions où l’on connaît les affres du problèmes de l’essor ne sont pas si fréquentes par les temps qui courent et que ce débat est d’abord le signe de la consolidation commerciale du domaine. D’autant que de récents contacts avec les Etats-Unis ont permis à ces vins de la Vallée Noble et du Zinnkoepfle de parvenir sur les linéaires d’épiceries fines de plus de 40 Etats américains, tandis que les premiers envois vers l’Extrême-Orient sont tout à fait encourageants. « On ne gagne pas à tous les coups », ajoute Myriam Haag. « Mais en restant chez soi, on est sûrs de perdre », estime-t-elle.

En attendant que soit adoptée une stratégie quant au devenir de l’exploitation, le domaine poursuit sa politique attentive de cuvées spéciales venant enrichir une gamme de vins classiques, où l’on trouve bien sûr des Grands crus ainsi que plusieurs vins étiquetés sous la dénomination intermédiaire « Vallée Noble », une habitude prise en 1985. Ainsi, la naissance des deux enfants du couple fut saluée par des cuvées spéciales, tandis qu’une cuvée « Marie » est venue enrichir la carte des vins maison. « Avec un Jean-Marie, une Myriam et une Marion, nous tenions quand même à marquer le coup », s’amuse Myriam Haag.
Une manière détendue de saluer la dimension mystique du vin ? Si le vin est boisson sacrée, il y a incontestable du spirituel chez les Haag, une densité dans l’exercice de l’accueil et de la parole livrée. Rarement, l’on rencontre un couple de vignerons animés d’une même passion commune où se mèle la conjugalité et le vin, conjuguée par un amour manifeste. Un amour qui n’hésite pas à se manifester par de nombreux signes que l’observateur attentif percevra aisément et qui nimbe le domaine de sa force. Ainsi, la parole sur le vin et sur le domaine se partage-t-elle saus heurt entre Myriam et Jean-Marie, même s’il est clair que les secteurs d’activités respectifs sont bien définis.
Lorsqu’ils ont repris par la force du destin les rênes du domaine, voici plus de quinze ans, les deux jeunes ont eu pour souci d’être crédibles aux yeux, aux oreilles et aux palais de leurs interlocuteurs. Ce souci existe toujours chez eux, même s’il a été petit à petit remplacé par quelques tranquilles certitudes. Notamment celle qu’il faut toujours travailler, apprendre, évoluer et placer le vin dans une continuité. « Trop peu de gens en Alsace savent qu’il faut déguster les vins non pas tant pour ce qu’ils sont mais pour ce qu’ils vont devenir », lance Myriam Haag. Ceux qui ont assisté à la dégustation des millésimes anciens – notamment un gewurztraminer 1921 absolument inoubliable – chez Klipfel, le 20 avril , coimprennent bien le sens de cette phrase. A trop vouloir des Alsace prêts à boire, on leur ôte toute chance de s’inscrire dans leur siècle. On ne peut que souhaiter à un heureux dégustateur de l’an 2074 de s’émerveiller en dégustant un Zinnkoepfle millésime 1997. De chez Haag, bien sûr.

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