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Le Domaine Heitz Philippe et Fernand à Molsheim

L’orientation « bio », tout naturellement.
Philippe Heitz apporte un cinglant démenti à tous ceux qui ne voient dans l’orientation des domaines viticoles qu’un axe commercial. En choisissant cette voie, le vigneron de Molsheim suit tout simplement les traces paternelles. Et positionne son domaine dans une voie difficile. D’autant qu’être vigneron à Molsheim n’est pas toujours évident.
Le championnat d’Alsace de football n’est pas le fameux Euro 2000 que Didier Deschamps et ses coéquipiers ont brandi l’autre soir à Rotterdam puis le lendemain à Paris. Qu’importe, l’ivresse de la victoire, l’adrénaline à haute dose, les bravos et les embrassades, Philippe Heitz les a vécu, à sa mesure. C’est que le vigneron de Molsheim joue dans l’équipe d’Avolsheim qui s’est vu décerner le titre régional cette année : un moment intense dans la vie du jeune vigneron de Molsheim qui ne cachait pas un rien de fatigue et surtout tant de plaisir aux lendemains de l’événement.
C’est ainsi, dans le vignoble. Tantôt, on rencontre d’authentiques moines entrés en viticulture comme à la Trappe ; ailleurs, de bons vivants célèbrent Bacchus et de païennes ripailles illuminent leurs caveaux. Souvent, la discrétion finit par masquer les énergies familiales. Ou encore, le vigneron se double d’un théoricien suractif toujours en quête d’un concept, d’une perspective ou d’une idée nouvelle. Le cas de Philippe Heitz est encore différent. Le footballeur ne masque pas le vigneron mais lui donne une coloration qu’il assume avec fierté.


Et c’est bien du côté viticole que l’on va trouver les nuances les plus subtiles dans le tableau qui compose sa personnalité. D’autant qu’à 35 ans, Philippe Heitz sait bien que sa carrière, à l’instar de celle de Didier Deschamps, est plutôt derrière lui…

Des chemins en piteux état.

Le domaine Heitz est situé à l’entrée de Molsheim, du côté de la route menant vers Wasselonne. Les vignes ne sont pas loin, la grand’route non plus. Mais l’implantation ne permet pas de tirer visuellement partie de l’un ou de l’autre, contrairement aux voisins Neumeyer ou Klingenfus. Et question notoriété, le domaine Philippe et Fernand Heitz ne joue pas encore dans la même cour que, par exemple, Bernard Weber. Et pourtant, même ce dernier déplore la zone d’ombre dans laquelle Molsheim confine ses vignerons. Certes, la cité d’Ettore Bugatti possède d’autres cartes maîtresses dans son jeu mais elle semble toujours mésestimer les atouts décisifs que représentent un vignoble.
Il suffit pour s’en convaincre pour arpenter les chemins de vignes qui desservent le Bruderthal et les coteaux voisins. Par temps sec comme par temps humide, mieux vaut être équipé d’un 4X4 pour les pratiquer. Ravinés, dégradés, ils représentent le symbole d’un vignoble sous-estimé. Pourquoi aménager un grand cru si l’on ne croit guère à son potentiel d’image de marque ? Les vignes ont ici été repoussées par l’urbanisation, les vignerons ont préféré les usines aux pentes du Finkenberg. C’est ainsi mais à l’heure où les metteurs en marché redonnent toutes ses lettres de noblesse aux magnifiques terroirs qui dominent Molsheim, peut-être serait-il judicieux de soutenir leurs efforts et s’en flatter en place publique.

Bio, les bouteilles et pluriactif.

Après tout, ils ne sont pas si nombreux, ces dévoués serviteurs de la vallée des frères et des coteaux voisins. Un petit groupe certes, mais composé d’individus sûrs de leur bonne étoile. Comme Philippe Heitz reprenant un flambeau sûrement porté par Fernand, son père, pluriactif lancé dans des pratiques « bio » avant l’heure et développant une politique de mise en bouteille quand les autres préféraient la tranquillité de la vente de raisin. « Mon père vendait presque tout en bouteille. Il avait entrepris cette voie en 1972 », se remémore Philippe Heitz. « J’ai repris en 1986 un domaine de 3,5 ha, entièrement labouré, sans désherbage chimique », évoque-t-il. En précisant que ses parents y consacraient toute leur énergie et tout leur temps. De quoi comprendre pourquoi ses géniteurs n’ont pas poussé leur fils à prolonger des études qui commençaient pourtant à l’intéresser. « Je n’étais pas un très bon élève au collège. Mais j’aurais bien poursuivi l’une ou l’autre spécialisation dans le domaine commercial ou œnologique », confie le vigneron. Qui a très vite compris la pression mise par ses parents pour que, le service national achevé, il soit présent au domaine pour assurer sa reprise. Et qui entend marquer l’attachement au travail parental pas le maintien du prénom paternel dans la dénomination du domaine.
Voilà en tout cas Philippe Heitz et son épouse Sandrine à la tête de 6,62 ha de vignes situées sur le Bruderthal, le Finkenberg, à Mutzig et à Avolsheim. Pour l’heure, le couple n’est pas encore entièrement engagé dans le domaine viticole. Sandrine Heitz a conservé son emploi de conseillère en assurances, histoire de garantir une stabilité financière à la famille qui se réjouit de trois enfants. Mais l’entrée au domaine se profile comme un objectif d’autant plus motivant que, déjà, cette fille d’aviateur militaire se sent saisie du virus viticole et ne cache pas choisir ses congés en fonction des grandes époques de travaux dans les vignes, les vendanges tout spécialement. « Nous avons une excellente équipe de vendangeurs, pour la plupart très fidèles. Alors, nous faisons tout à l’ancienne avec le casse-croûte dans les vignes et le repas du soir à la maison », racontent les Heitz. Plus difficile sera d’organiser la formation à la dégustation de Sandrine Heitz, qui nécessite encore des congés, hebdomadaires ceux-ci en plus du mercredi consacré aux enfants du couple.

L’aventure du pique-nique.

Pas de problème en revanche pour lancer le domaine dans l’aventure du pique-nique du vigneron initié par le Synvira avec succès. Au domaine Philippe et Fernand Heitz, les débuts ont été réussis cette année. Même modestement impliqués dans l’opération, ils ont su attirer outre un bon groupe de clients déjà réguliers plusieurs personnes venues sur place par curiosité. « Pour nous, il s’agit avant tout d’une opération destinée à fidéliser notre clientèle, de créer un lien », décrit Philippe Heitz. Disposant de vignes juste à côté de la maison familiale, il a été facile au vigneron de créer une ambiance très agréable pour ses visiteurs qui ont apprécié l’accueil et la possibilité de créer un lien unique avec une famille. Autre temps fort, la fête des vendanges, où le domaine accueille là encore ses clients en mettant les petits plats dans les grands, quitte à accomplir de sérieux efforts en plein dans une période chargée. Ou encore les matinées « vendanges » destinées aux petits d’une école maternelle de Molsheim, quelle bonne idée !
L’occasion pour eux de se familiariser avec l’orientation « bio » prise officiellement par le vigneron. « Pour moi, c’était logique. Mon père était déjà dans cet esprit, j’ai poursuivi et confirmé cette voie », raconte Philippe Heitz. Point donc de souci bassement commercial, comme persiste à le penser certains Cassandre. D’autant que les contraintes issues du label bio sont suffisamment contraignantes pour imposer des baisses de rendement et nécessiter une revalorisation des tarifs. « Ce sera difficile », prévoit le vigneron. « Pour le moment, j’essaie d’habituer la clientèle traditionnelle du domaine à la présence de vins représentatifs de l’orientation du domaine, notamment issus des coteaux du Bruderthal et du Hahnenberg, le lieu-dit qui prolonge le Finkenberg ». En attendant de compléter sa clientèle de façon aussi à accroître le potentiel commercial du domaine, Philippe Heitz s’attache donc à mettre en avant de très intéressantes cuvées. Le potentiel du Bruderthal est bien connu des œnophiles mais le Hahnenberg représente encore une de ces découvertes à effectuer. D’autant que le domaine Heitz exploite environ un ha de vignes en terrasses, très propices au développement de raisins de grand intérêt. Avec une pente se redressant jusqu’à un pourcentage élevé, le coteau est orienté sud-est et semble promis à un bel avenir pour les vignerons qui ont jeté sur lui leur dévolu.

Délier le verbe.

Reste pour le domaine Heitz à concrétiser ces bonnes intentions. « Nous disposons d’une belle installation pour l’accueil des visiteurs », se réjouissent Sandrine et Philippe Heitz. La pièce est en effet confortable et dans un style fort classique, tire parti d’une de ces maisons qui ont essaimé sur les pentes du Bruderthal au temps où Molsheim croyait encore moins qu’aujourd’hui à son potentiel viticole. Reste à peaufiner des détails, comme l’accès ou la signalétique. Plus important, le domaine Heitz doit encore renforcer ses capacités commerciales. Avec par exemple le projet de participer à des salons comme celui des caves particulières.
Qu’importe la voie choisie. L’essentiel est pour Philippe Heitz de gagner en confiance dans le potentiel de ses vins et surtout en osmose avec ses terroirs. Sans oser vraiment le dire, il a déjà saisi une part essentielle de la spécificité du Bruderthal. De même, il croit en « son » Hahnenberg avec « ses » terrasses tant et si bien qu’il finira par s’imposer à lui-même l’évidence d’un style propre à ce lieu-dit si prometteur. Ce moment arrivé, le verbe se déliera certainement lorsqu’il s’agira de mettre des mots autour des flacons et surtout à la hauteur de ceux-ci. Car les vins du domaine affichent déjà rectitude et souci de bien faire ; ne reste plus qu’à pousser les logiques entreprises pour en faire des grands vins fièrement expressifs de terroirs bien particuliers.

Progresser collectivement.

Sans doute l’orientation « bio » du domaine jouera en faveur de cette évolution. « Nous préparons une association pour réunir la trentaine de vignerons alsaciens engagés dans le domaine biologique », commente Philippe Heitz. Qui s’intéresse aussi de plus ou moins près aux travaux menés par l’association Tyflo et son presque voisin Jean-Jacques Muller. « Ce n’est pas en restant dans son coin qu’on progresse. L’échange d’expérience est indispensable », souligne le vigneron. « D’autant que les pratiques biologiques demandent plus de prise d’initiatives que les autres modes de conduite », poursuit-il. Et si chacun doit trouver en la matière ses propres méthodes, des associations comme justement Tyflo ou Vignes vivantes ont prouvé l’utilité du travail en commun.
Et c’est d’ailleurs aussi du Bruderthal – et de l’Altenberg de Bergheim – que sont venues les expériences menant à la généralisation du principe de la gestion locale des grands crus. Même s’il est vrai que le futur décret régissant ces terroirs comporte l’une ou l’autre prescription contestable – comme l’interdiction des vignes en lyre – il consacre aussi un principe essentiel : un terroir représente un patrimoine collectif qu’il convient de valoriser ensemble. Les vignerons de Molsheim l’ont compris et progressent ensemble depuis des années. Engagé dans une voie exigeante, le domaine Philippe et Fernand Heitz s’appuie ainsi sur différents réseaux pour favoriser son développement. « L’avenir des exploitations de taille réduite n’est nullement garanti. Pour grandir, il faudra du personnel. Où va-t-on le trouver », s’interroge Philippe Heitz ?


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