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Le Domaine Léon Boesch à Westhalten

Père et fils, travail en commun : mode d’emploi.
Chez Bœsch, la mention « vigneron de père en fils » ne manque pas de signification. La famille de la vallée noble entretient les successions à un rythme soutenu. Mathieu – le fils – et Gérard – le père – déploient un esprit familial où les conflits de génération n’ont guère de place. Rencontres.
La viticulture et ses parfois longues sagas familiales prête le flanc à d’ironiques commentaires qui frisent la psychologie de comptoir. Entre caves et pressoir, se côtoie un petit monde aux codes le plus fréquemment masculins.


Le meurtre symbolique du père, nécessité par la construction psychologique du fils, est parfois pratiqué au-delà du domaine de l’image pour se formaliser. Combien de jeunes vignerons n’éprouvent-ils pas le besoin d’enterrer prématurément la génération précédente par souci d’affirmation, oubliant souvent fort précipitamment ce qu’ils doivent à leur ancêtre le plus direct ?
Bien des observateurs attentifs du vignoble n’ignorent pas combien de vignerons d’aujourd’hui ont tissé avec leur grands parents des relations plus étroites qu’avec leurs géniteurs. La faute aux si mal nommées « trente glorieuses » et au tout chimique, à l’édulcoration des goûts, à la dilution des vins et des personnalités qu’on reproche souvent fort légèrement à la génération « aux affaires » dans les années soixante à quatre-vingt.

Précipitation et droit divin.

Quelques séjours dans les maisons de vin et l’écoute attentive des commentaires des uns et des autres peut d’ailleurs facilement convaincre de cet état de fait. Ici, on n’évoque même pas les parents ; ailleurs, le visiteur est pris comme témoin très involontaire des conflits familiaux non réglés. Sans jouer les casques bleus viticoles, l’observateur aura souvent tendance à renvoyer les belligérants dos-à-dos. Certes, la génération précédente a souvent failli. Bien sûr, dans bien des familles, le pater familias a tenté de faire perdurer une autorité qui n’a jamais eu le droit divin à une époque où cette dimension a perdu son sens. De la même manière, des arbitres décompteront les mauvais coups portés par les vignerons « montants ». Précipitation dans les évolutions techniques, refus d’assumer leur passé, individualisme forcené représentent trop souvent des caractéristiques dominantes. Ce qui amène le spectateur à s’interroger sur l’origine des désaccords père-fils… ou père-fille.
Et puis de temps à autre, voilà un domaine où l’entente familiale s’affiche, emblématique. Certes, le respect des vies privées interdit tout effort d’introspection dépassant le stade du constat extérieur aux secrets des alcôves. A la manière des Inconnus, on pourra dire que « cela ne nous regarde pas ». Mais sans hypocrisie aucune. C’est par exemple le cas du domaine Bœsch de Westhalten. Voici que Gérard, âgé de 45 ans, partage la responsabilité du domaine avec son fils Mathieu, âgé de 23 ans.

Pas de domaine réservé.

A cinq ans du demi-siècle, Gérard Bœsch n’est pas encore précisément « rangé des voitures ». Il lui reste bien des années à arpenter les vignes familiales du Zinnkœpflé – et d’ailleurs – mais son pas décidé est désormais accompagné de la foulée pour l’heure encore plus légère d’un jeune homme qui revendique avec simplicité sa place, toute sa place. Y-a-t-il une recette ? « Nous partageons toutes les responsabilités. Il n’y a pas de domaine réservé et nous décidons au coup par coup celui des deux qui devra s’occuper de telle ou telle chose. Agir différemment risquerait de nous couper de l’esprit vigneron qui consiste justement à agir du début jusqu’à la fin », explique d’entrée Gérard Bœsch. Qui avoue également avoir dû « apprendre à travailler autrement. Avant l’arrivée de Mathieu en février dernier, je décidais tout seul. Désormais, je dois discuter avec mon fils ». Un apprentissage confirmé par ce dernier, qui se remémore avec le sourire de quelques tensions initiales nées de certains oublis paternels : « Au début, le ton est parfois monté parce que mon père omettait de me parler de tel ou tel problème », évoque-t-il.
Il est vrai que, paradoxalement, Gérard Bœsch n’a pas vraiment été à bonne école pour cette dimension de son métier : « Je suis entré dans l’exploitation à l’âge de 18 ans alors mon père en avait 46. Mais il était ravi de pouvoir déléguer et de me voir prendre des initiatives. J’ai en fait très vite tout décidé seul ». Une situation qui ne se représente nullement désormais, tant Mathieu Bœsch entend assumer pleinement ses responsabilités. « J’espère apporter des idées nouvelles, uns plus grande curiosité. En observant ce qui se fait ailleurs, on découvre une foule de petites idées qu’il serait utile d’expérimenter », se réjouit-il. Ainsi, le domaine Bœsch travaille-t-il de plus en plus ses vins sur lies, réduisant les filtrations. « Nous gardons des vins moins clairs qu’auparavant. il est vrai que Mathieu a acceléré les expérimentations », confirme Gérard Bœsch. « Mais on ne va pas refaire le vin de grand-père », avertissent en chœur les deux vignerons. « Ce que nous recherchons, c’est de personnaliser nos vins. Päs questions de refaire le coup de la dioxyne et des excès que cela suppose. Nous faisons des vins d’aujourd’hui, qui revendiquent leur complexité et leur typicité ».

Les choix collectifs.

Au domaine Bœsch, on affiche d’abord une priorité aux vins de gastronomie, c’est-à-dire à boire à table, même en grands crus. Il est vrai que les vins du domaine se signalent d’abord par leur équilibre, leur finesse et leur complexité. Même s’ils n’affichent pas les mêmes caractéristiques que les grands vins secs d’autres régions d’Alsace, on peut aisément leur réserver la meilleure place sur les tables. « Nos vins disposent d’un potentiel très élevé mais nous les préparons pour être servis avec des plats », ajoute Gérard Bœsch. Qui n’hésite pas à contester la présence de « sucres ajoutés » dans trop de vins d’Alsace, constat d’ailleurs dénoncé de plus en plus largement, aux côtés d’autres reproches faits aux alsaces. Même un article de la revue de l’AVA, dans sa dernière livraison, déplore la faible qualité des échantillons présentés pour le challenge international du vin Blaye-Bourg : « (…) l’image des vins d’Alsace ne sortira pas grandie de ce concours », écrivait notamment notre confrère dans cet article.
D’ailleurs, chacun sait combien Gérard Bœsch est engagé dans la vie syndicale et collective du vignoble d’Alsace. « Ce qui m’anime, c’est la chance d’être un héritier et d’en avoir à mon tour. Nous devons tous nous interroger sur les choix collectifs, être soucieux de l’image de la région. Pour ma part, je ne veux pas d’un vignoble à deux vitesses. Il faut que tout le monde puisse évoluer dans le même chemin, même s’il faut agir pour insuffler un meilleur esprit », commente-t-il. De fait, le vignoble d’Alsace, villipendé ici, ignoré par là, réclame d’attentifs soins de la part de ses édiles : « A l’AVA, nous n’avons pas attendu les articles de la Revue des Vins de France pour proposer des solutions propres à améliorer la qualité des alsaces. Nous avons pris le taureau par les cornes depuis bien des années afin d’amener une philosophie nouvelle dans les vignoble », indique Gérard Bœsch.

Au côté des meilleurs.

« Bien sûr, les articles qui incriminent les vins d’Alsace ne nous rendent pas service. Je sais bien qu’on évalue la solidité d’une chaîne à ses maillons les plus faibles. On est bien obligé de les entraîner », déplore le vigneron. « Mais quand on a une philosophie, on la garde même dans l’action syndicale », ajoute-t-il. Avant de déplorer, conjointement avec son fils, que l’Alsace ne subissent un traitement aussi vigoureux alors que d’autres régions dont on connait le manque de rigueur s’en tirent avec les honneurs. Mais la vigueur de ces coups ne dissuadera pas Gérard Bœsch de poursuivre ses actions, en précisant qu’il préfère ne pas porter les mêmes responsabilités trop longtemps. Tout en admettant avoir très mal vécu le changement de majorité au Synvira, qui a amené Philippe Blanck à la présidence.
« Si le vigneron travaille avec rigueur toute l’année, s’il conduit sa vigne avec le plus grand respect, il évite la majeure partie des écueils. Le problème en Alsace, c’est qu’on s’écarte des vins secs. Nous revendiquons des vins le plus proche possible de la nature, du fruit de la vigne. Ce qui se trouve dans la bouteille doit être le plus proche possible du fruit parvenu à la meilleure maturité possible », évoque le vigneron. Et son fils d’ajouter : « Nous avons pour ambition d’être identifié au côté des meilleurs, tout en mettant notre travail en conformité avec nos moyens financiers, forcément limités. Mais si la reconnaissance passe par nos pairs, nous espérons que nos acheteurs ressentent un grand plaisir en ouvrant nos bouteilles. Qu’il soit convaincu d’avoir acquis un vin original sinon unique, en tous cas typique et personnalisé ».

A fond pour le salon.

Au domaine Bœsch, on ne craint nullement la confrontation avec les autres vignerons. C’est d’ailleurs aussi pour cette raison que Gérard Bœsch s’est impliqué à fond dans le projet de développement d’un salon professionnel des vins en Alsace. Même si l’unanimité est loin d’être faite quant à l’opportunité de cette manifestation dont la première pourrait avoir lieu en mars prochain, le vigneron de Westhalten se bat comme un beau diable – avec Jean-Paul Goulby, le directeur de l’AVA – pour faire progresser l’idée. Il n’hésite pas à enfourcher ses bottes de sept lieues, survolant les obstacles et se projettant déjà dans l’aventure du salon. Le représentant alsacien à l’INAO devra encore consacrer de longues heures à convaincre amis vignerons et collègues des autres familles professionnelles du bien-fondé de cette formule de propotion des vins d’Alsace. Dans laquelle d’ailleurs, les crus de la rive gauche française du Rhin pourraient bien n’avoir qu’une place au milieu des autres vins blancs français : « C’est l’occasion ou jamais d’ancrer l’AOC Alsace dans les vins français », extime-t-il. « Il ne faut pas craindre la confrontation avec les autres vins blancs. Si nos crus sont de qualité, ils n’auront aucune peine à tirer leur épingle du jeu », prévoit-il. D’ici que ce difficile dossier ne progresse de façon significative, de l’eau coulera encore sous les ponts du Rhin. Les talents de persuasion de Gérard Bœsch ne seront pas de trop pour traiter un à un les embarras à résoudre.
En attendant, il continuera à œuvrer au domaine à parité avec son fils, inventant au jour le jour des méthodes pour s’entendre et travailler ensemble là où bien de leurs confrères ont parsemé leur quotidien d’embûches. Gérard et Mathieu Bœsch vont poursuivre les expérimentations, prendront quelques risques – comme ce remarquable vin de paille – et élaboreront autant de grands vins de gastronomie, parfaits reflets de l’opulence baroque de la Vallée Noble. De quoi se réconcilier entre générations.

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