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Le Domaine Lucien Brand, à Ergersheim

Il était une fois, à l’Ouest…
Strasbourg, capitale de Noël s’offre un invité inattendu : le vignoble de Strasbourg, réuni sous le vocable de la Couronne d’Or, veut faire renouer la cité rhénane avec son riche passé viticole et son rang de capitale historique du vin d’Alsace. L’une des chevilles ouvrières de l’opération, Charles Brand, est vigneron à Ergersheim. Rencontre.
A quelques kilomètres à l’Ouest de Strasbourg, les vignobles de la Couronne d’Or recèlent quelques uns des meilleurs domaines viticoles d’Alsace. Si les guides « officiels » ne s’en sont pas encore aperçus, les œnophiles les ont identifiés et les fréquentent assidûment depuis des années. On rencontre bien encore quelques esprit forts pour qui tout ce que le Bas-Rhin produit en matière de vin relève des petits vins, sitôt bus, sitôt oubliés. Ces ignorants représentent une espèce en voie de disparition qu’aucun amoureux de l’environnement ne cherche à protéger.
En effet, en affichant ses ambitions, le vignoble de Strasbourg joue une carte maîtresse dont profiteront tous les vins d’Alsace. Chacun sait combien il est difficile de trouver des Alsace convenables dans tant de tables de la capitale européennes, y compris sur les désolantes cartes de certaines winstubs qui continuent d’afficher ; sylvaner, riesling, tokay pinot gris sans aucune mention du lieu d’origine, du vigneron qui élabore les vins, encore moins du millésime. Sans aucun souci de coller non plus à la réalité du vignoble alsacien qui propose désormais des gammes de vins propre à séduire le plus exigeant des amateurs.

Les retrouvailles

Qu’importe : pour contrecarrer ces pesanteurs, les meilleures grandes maisons ont déployé depuis longtemps d’importants efforts commerciaux, tandis qu’un nombre croissant de restaurateurs découvre l’intérêt représenté par le service de bons vins, d’Alsace en particulier. Et voilà que décembre 1998 marque une date essentielle dans la difficile relation entre Strasbourg et vin d’Alsace. « Combien de Strasbourgeois savent qu’à dix minutes de voiture des quartiers ouest de la ville, se trouvent des vignes d’où proviennent des grands vins », interroge Charles Brand.
Le vigneron d’Ergersheim qui tient ces propos n’est pas tout à fait un inconnu. Les vins du domaine qui s’affiche sous le prénom du père de Charles, Lucien Brand, séduisent depuis des années les amateurs et les spécialistes. On lui attribue volontiers quelques réussites majeures, notamment les riesling du coteau du Kefferberg, qui domine la plaine de la Bruche entre Ergersheim et Ernolsheim-sur-Bruche ou encore la très grande exigence appliquée dans la conduite de ses vendanges tardives et sélections de grains nobles.
Si Charles Brand apparaît aujourd’hui en pointe du mouvement qui doit marquer le retour du vin d’Alsace à Strasbourg, et par la grande porte, c’est parce qu’il œuvre – avec d’autres – depuis des années pour faire reconnaître le vignoble de Strasbourg au rang qui lui est dû. Intelligemment positionnée sur des manifestations de grande qualité, la Couronne d’Or que préside Xavier Muller, s’est instillée dans bien des lieux où l’opinion se forge et se diffuse. Avec à la clé, la surprise fréquente des consommateurs de se voir servis de grands vins… du Bas-Rhin et du voisinage de Strasbourg.

Tout pour plaire

A l’heure où l’on reproche – non sans raison, d’ailleurs – aux vignerons de se replier sur eux-mêmes au mépris du collectif, en voilà donc un qui joue la carte du collectif, quitte à enregistrer de solides sueurs froides lorsqu’il faut rattraper les retards accumulés dans la gestion de son propre domaine. Altruiste, Charles Brand ? D’abord, passionné par l’image de ses vins et enthousiaste dès qu’il s’agit de trouver les mots justes pour en parler ici où là. Et généreux, aussi. « Je dis toujours que c’est un de mes défauts. Je ne sais pas dire non », constate-t-il.
« Je ne me suis jamais satisfait d’être renvoyé d’où je venais pas des patrons de winstub strasbourgeoise qui ricanaient en apprenant la provenance de mes vins. Ergersheim, cela ne pouvait être que de mauvais vins. Le Vignoble de Strasbourg a pourtant tout pour plaire : quatre Grands crus, quelques lieux-dits remarquables et surtout plusieurs maisons qui effectuent un travail magnifique », décrit encore le vigneron. Parmi ces dernières, il faut bien citer le domaine Lucien Brand.
Avec des pratiques très proches de la biodynamie – ne le dites pas à Charles, il n’aime pas les étiquettes – on y élabore des vins très secs, marqués par la richesse de leur matière et la forte personnalité du vigneron. La visite au domaine ne trompe pas : la maison familiale de Charles et Annie – et leur quatre enfants – prolonge le domicile des parents, marquant la continuité dans la vaste cour de maison paysanne, affichant aussi l’originalité. Le travail de recherche architecturale a payé. Colombages et grès sont là, baies vitrées et formes originales aussi, comme pour annoncer une Alsace d’aujourd’hui.

Les seuils de la connaissance

Cette dimension de recherche, d’application méthodique d’un projet qui parle de l’Alsace d’aujourd’hui, on la retrouve d’ailleurs dans les bouteilles. Le dégustateur est invité, ici, à ne pas être pressé. On n’entre pas chez les Brand comme au supermarché, dans l’idée dans ressortir au plus vite. Verre à la main, on franchit les limites d’un univers où s’interpénètrent les réalités historiques, géologiques, culturelles et bien entendu viniques. D’aucuns qualifient Charles Brand du terme de séducteur. Sans doute l’est-il à sa manière, soucieux d’enregistrer et se sentir l’adhésion de son auditoire à ses perspectives. Mais on l’auditeur attentif le trouvera simplement passionnant et saura franchir les seuils de connaissance que le vigneron invite à fréquenter.
Un nombre croissant de vignerons mettent l’accent sur les dimensions historiques et culturelles de l’Alsace avant même d’entreprendre la dégustation à proprement parler. Charles Brand est dans ce courant, avec l’élan de son aisance verbale comme moteur doté d’un turbo : la légitimité conférée par l’enviable statut d’être l’un des vignerons de Strasbourg, capitale historique des vins d’Alsace. On lira par ailleurs dans ce journal les éléments relatifs à ces retrouvailles entre la métropole alsacienne et son vignoble. Reste pour chacun des dépositaires de ces traditions la mission essentielle de donner vie à cette idée.

Les tables strasbourgeoises

Dans l’apparent et sympathique désordre de la cave, s’établit une relation forte qui doit donc beaucoup au vin, plus encore à l’esprit. Pas étonnant chez un vigneron où le sensible prend souvent le pas sur le matériel, dimension comme souvent tacitement confiée à l’épouse du vigneron, en l’occurrence Annie Brand, qui s’en acquitte avec sourire et efficacité salvatrice. C’est que Charles n’est pas avare de son temps, pour promouvoir son domaine, élaborer et mettre en scène ses cuvées. Et aussi pour cette action collective qui lui vaut déjà quelques regards en coin. Tout « être économique » qui s’implique dans le collectif est nécessairement vénal et dissimule des intérêts privés derrière le paravent de l’action commune.
Qu’importe : « Si je devais calculer l’énergie, le temps et même les investissements réalisés pour mettre sur pieds l’exposition du Vignoble de Strasbourg, j’atteindrais des totaux astronomiques », sourit Charles Brand. « Ce qui compte, c’est qu’un mouvement soit lancé. Qu’on trouve, par exemple, nos vins sur les tables de la restauration strasbourgeoises. Que les habitants de la ville sachent enfin qu’ils disposent d’un grand vignoble à leur porte et qu’ils aient avant toute chose le réflexe des vins d’Alsace ».
Sans préjuger des résultats finaux de l’opération, on peut déjà parier qu’elle a contribué à sérieusement faire évoluer les mentalités. Et ceci entre autres grâce à Charles Brand et le petit groupe de vignerons qui croient dur comme fer à leur bonne étoile, à l’instar des Rois Mages, dont la légende du passage par Strasbourg marque d’ailleurs l’entrée dans l’exposition de la salle de l’Aubette.



Une trouvaille, comme bien d’autres, initiée par le vigneron d’Ergersheim. Car si le domaine ne l’a guère aperçu ses derniers temps que pour les vendanges, ce n’était pas pour d’inavouables virées de quadragénaire. Charles Brand était parti en exploration dans le monde des archives strasbourgeoises. Après le travail accompli en accompagnement du livre de Guy Trendel sur la Couronne d’Or, il a fallu conceptualiser le projet d’exposition, puis l’établir sur des base historiques. Musées, archives, œuvre Notre Dame, historiens, livres, tout y est passé en un travail patient et méthodique d’où est ressorti quelques certitudes que ne mettront pas en péril les pinailleries de quelques ratiocineurs poussiéreux : Strasbourg peut se flatter de la richesse de son passé viticole et la cité rhénane doit une immense part de son aisance financière et de sa notoriété au commerce fluvial des siècles passés.
L’exposition qui marque le grand retour du vignoble de Strasbourg au cœur de la ville n’est pas encore inaugurée que, déjà Charles Brand envisage des suites. Il y aura bien le temps d’en reparler, comme il en faudra pour découvrir quelques cuvées dont il reste, paraît-il, de substancielles quantités soigneusement oubliées dans les recoins du domaine. Car, et c’est aussi une caractéristique du personnage, si Charles Brand donne l’apparence d’une énergie débordante parfois un tantinet désordonnée, il ne manque pas de repères pour savoir vers où il va. A l’image de ces crus évoqués plus haut, un riesling Kefferberg 1983 qui fit faire des yeux étonnés à quelques sommités strasbourgeoises.
Au-delà d’un quotidien trépidant, d’où transparaît une énergie des plus vigoureuses, le domaine Lucien Brand voit couler son existence à l’instar des vignes : bousculées parfois par les aléas climatiques, choyées par de douces saisons, riches d’un enracinement profond, les plantes s’épanouissent par la grâce du ciel, de la terre et de la liberté que leur autorise le vigneron.
Dans un environnement où la sensibilité passe pour de la fragilité, où l’évocation des doutes est taxée de travers dilletantiste, on trouve à Ergersheim un domaine viticole où le visiteur vient pour se baigner dans le monde de la découverte et de la connaissance. Celle des vins et du monde qui tourne autour.
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