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Le Domaine Paul Blanck

Le domaine Paul Blanck, de Kientzheim, confirme d’année en année sa place à la pointe de la viticulture alsacienne. Frédéric et Philippe Blanck ambitionnent de poursuivre l’ascension vers une qualité toujours meilleure. Rencontre avec une famille.Pour évoquer la grandeur, la qualité, le commentateur use généralement d’un vocabulaire droit hérité des temps passés où la noblesse guidait ses codes. Survivance étrange où, malgré 1789, s’emmêlent adjectif et nom commun et par laquelle il est communément admis que le noble est beau, grand, généreux et encore puissant, riche, distingué. La définition de l’adjectif et du nom commun se sont superposés, au fil des glissements sémantiques, jusqu’à s’y méprendre. Ainsi, le zélateur ne manquera pas une occasion de se défier de la roture pour élever l’objet de son culte au-dessus de la plèbe en lui proclamant de la noblesse.
Les chroniques gastronomiques et viniques n’y échappent pas. Sans y réfléchir, malgré la Nuit du 4 août et l’abolition des privilèges, on prétend distinguer les crus et les mets hors du commun en les qualifiant selon l’aristocratique vocabulaire. Seul un certain montrachet, bâtard celui-là, vient semer le trouble en affichant une roturière origine, pourtant gage de ses qualités. Qu’importe après tout, si les mots n’étaient pas un peu piégés. Des vins sont nobles, lorsqu’ils s’élèvent au-dessus des autres crus, ils sont alors rares, dégagent de la puissance, une fierté, de la grandeur. Mais n’y a-t-il pas quelque danger à qualifier de la sorte leurs élaborateurs ? Sont-ils artistes, inspirés, méthodiques et besogneux, chanceux, héritiers de longues traditions et dépositaires de vieilles vignes, terroirs merveilleux plutôt qu’isolés dans une caste supérieure et dont tous les représentants n’ont pas laissé que d’agréables souvenirs ? Chez les vignerons, la noblesse n’est souvent que de vocabulaire et de métaphore, y compris dans les fiers châteaux bordelais dont trop n’ont que ce vocable pour les différencier.

Tellement humains

Alors, fi de cet usage ambigu. D’autant que, pour décrire la famille Blanck, point n’est besoin de se perdre en détours linguistiques : les meilleurs termes qui viennent à l’esprit sont ceux qui relèvent de l’humain, du profondément humain. Même si le domaine Blanck s’est fait connaître auparavant sous la très aristocratique dénomination de « comtes de Lupfen » et possède près d’un quart du Grand cru Furstentum, nom qui signifie « la propriété du prince ». Celui qui côtoie ces vignerons ressent des sensations très incarnées d’êtres de chairs et de sang motivés par leur – modeste et enthousiaste – élévation vers les savoirs, vers les plaisirs toujours renouvelés de la connaissance et qui ont choisi de baptiser leur domaine du prénom d’un grand-père qui a laissé une trace profonde dans les mémoires de la famille et d’ailleurs : Paul Blanck. Avec comme objectif de générer du plaisir pour ceux qui dégustent leurs élaborations. Du plaisir, un mot que l’on n’entend plus guère dans les caves.
C’est que les Blanck doivent s’apprécier comme composantes multiples d’un corps, avec ses membres différents et répondant à une logique commune, tendus vers l’élaboration des meilleurs vins qu’il est possible. Parler ici de l’un ou de l’autre relève de l’évidente nécessité qu’il y a de concrétiser des rencontres avec l’un ou l’autre des membres de cette famille. Rien de mafieux dans cela, tout au contraire, Kientzheim n’a guère de points communs avec la Sicile. Pas d’omerta chez les Blanck, tout au contraire l’immense envie d’intéresser et de s’intéresser. On y tente d’assouvir le désir omniprésent de communiquer, sans omettre que dans cette action aujourd’hui galvaudée à l’extrême, on oublie souvent qu’entre émetteur et récepteur et au-delà du médium, doit exister un message. Et, si possible, présentant de l’intérêt au plan humain.
Cette dernière dimension ne fait pas défaut. Il y a une histoire, longue, un présent passionné, un futur à construire dans l’enthousiasme. Du côté de chez les Blanck, on aime parler de ce qu’on a fait sur ces terres voisines de Kaysersberg, de ce qu’on pourrait faire dans ces vignes ou les cuves et préparer ce qu’on fera, demain. On apprécie de découvrir aussi ce que d’autres ont accompli et la façon dont les visiteurs s’approchent de cette grande maison de Kientzheim un rien anonyme, à deux pas du château de la confrérie Saint-Etienne, pour y rencontrer les deux cousins qui tiennent les rênes d’un des plus prospères domaines viticoles d’Alsace.

Un lien durable

Dans un lieu où les racines sont aussi fortement sollicitées pour donner consistance et ampleur aux projets d’aujourd’hui, on n’est guère surpris de découvrir un arbre généalogique figurant en fort belle place dans le dossier de présentation du domaine. Un certain Hans Planck tenait auberge au pied du Furstentum ; belle figure qui plonge ses origines en 1591, bien avant que les troupes françaises n’entreprennent de traverser les Vosges pour faire basculer le destin de l’Alsace. De quoi s’enraciner dans le passé ou de se projeter dans les temps à venir : en renversant l’auguste dessin, Frédéric préfère la seconde solution : « Il n’y a pas de mérite à une généalogie. L’essentiel de cet arbre, ce sont les cases qui manquent encore. Celles de nos enfants et petits-enfants. C’est pour eux qu’un vigneron doit travailler ».
Ne croyez pas le responsable maison de la vigne et de la vinification iconoclaste ou irrespectueux de ses ancêtres. Comme son cousin Philippe, il ne manque tout au contraire pas une occasion de mettre en valeur le souvenir du grand-père Paul, de ses exploits viticoles et ses blessures de guerre, au corps et à l’âme. Ce père de treize enfants, « amoureux fou de la vie », qui a emporté dans la tombe les décorations obtenues sous les deux uniformes a quitté cette terre en 1976 sous la nationalité française, deux ans après l’avoir obtenue… Loin d’être une menaçante statue du Commandeur qui dicterait dans la névrose ses critères moraux d’un autre âge, la figure absente de l’aïeul représente un guide, une ardente obligation de faire toujours mieux, un enracinement vital dans la durée et dans la terre d’ici. “Descendre d’une famille ancienne crée un lien avec l’environnement naturel et social. Plus ce lien est profond, plus il sous-tend une exigence forte

La foi dans les Grands crus

D’autant que – entre autres – deux des fils de Paul sont là, et bien là, pour raviver la flamme du projet commun des Blanck : Bernard et Marcel ont servi de puissants aiguillons à leurs fils respectifs, qui savaient pouvoir compter sur ces références des plus respectables, à interroger en cas de besoin mais aussi des raisons de craindre leur jugement sur une cuvée moyenne, une vinification mal aboutie, une vigne fatiguée. Les précédents dirigeants du domaine Paul Blanck n’ont pas besoin d’être présentés dans la profession viticole alsacienne. On sait le rôle immense que, en particulier, Marcel Blanck a joué dans le développement des Grands crus en Alsace.
Et c’est d’ailleurs là que se situe une dimension essentiel de l’aventure de ce domaine : “Nos parents ont eu la foi dans les Grands crus depuis fort longtemps. Et si nous possédons aujourd’hui 40 % de nos 32 ha sur des Grands crus, ce n’est pas le fruit du hasard mais le résultat d’une politique engagée depuis des décennies, alors que d’autres ricanaient en entendant parler de Grands crus”, ajoute Philippe Blanck. C’est lui qui est en charge de la communication, de la commercialisation export et du marketing. Avec son immense silhouette de basketteur, il tranche considérablement avec son cousin Frédéric aux caractéristiques physiques plus classiques. “Pourtant, nous fonctionnons comme un couple”, précise ce dernier. “Après quelques jours passés ensemble lors de voyages à l’étranger, nous parvenons à communiquer avec une extrême rapidité et une grande précision”, poursuit Philippe.
Et si l’un affiche avec aisance son plaisir de dialoguer et de discourir, ne croyez pas que l’homme de la cave soit un misanthrope. Frédéric, une fois lancé, n’a ni sa langue ni ses idées dans sa poche. “Les Grands crus représentent l’histoire de la famille et une fantastique assurance-vie. Même en cas de crise grave de la viticulture alsacienne, ces terroirs ne seraient pas les premiers touchés. Pour étendre le domaine, nous visons en priorité des parcelles de Grands crus. C’est une stratégie à long terme de la famille. D’autres voudraient bien faire pareil, mais les Grands crus demandent une certaine compétence et une certaine maturité qui ne s’installe qu’au fil des décennies. Alors, lorsque j’entends certains s’étonner de nous voir vendre nos bouteilles un peu plus chères que la moyenne, je rappelle que le domaine Paul Blanck fut précurseur en matière de Grand cru. Maintenant, tout le monde en veut mais sans avoir fait les efforts pour les respecter et les mettre en valeur”. Et ce n’est pas tout : “En fixant nos prix, nous faisons attention à de pas aller trop loin au risque de se couper des clients. Ils ont participé à l’édification du domaine, nous voulons le faire évoluer avec eux. Dans la famille, on n’a pas appris qu’on était valorisé en vendant plus cher que le voisin”.

Rester des précurseurs

Frédéric et Philippe sont fiers de leur réussite et ne la cachent pas. “Nous avons du mal à satisfaire toutes les demandes”, déplore Philippe Blanck. La taille du domaine est pourtant passée de 4 ha en 1972 à 32 aujourd’hui, sans compter 3 ha de jeunes vignes et bien des projets. “Nous profitons du travail précurseur des générations précédentes. Certains ont découvert qu’il fallait faire mieux plus tôt que d’autres”, pense Frédéric. Comme par exemple l’idée des Grands crus, faire des rouges dans les années 80, des vins secs au plus fort de la course aux œchslé, travailler des vieilles vignes. “Chaque membre de la famille a poussé à sa manière. Nous nous sommes enrichis des convictions des uns et des autres”.
Reste à savoir ce qui passionne encore les descendants de la famille Blanck. Reste-t-il des aventures à mener ? « Nous avons encore tant d’efforts à mener sur le pinot noir, le crémant, les Grands crus. Pour faire de grands vins, il faut le travail de plusieurs générations. Regardez le pinot noir : cela fait peu de temps que nous le travaillons. Il faudra encore des années d’efforts. Même chose pour les Grands crus. Nous avons tout à découvrir et à apprendre. La sélection des clones est un autre chantier à entreprendre. Plutôt que de créer de nouvelles variétés transgéniques, on devrait travailler les données de base”, explique Frédéric Blanck.
Et le vigneron de préciser : “Nous devons planter et travailler pour que ça dure ! Dans le Schlossberg, nous avons refait nos murets pour qu’ils tiennent des décennies, et pas quelques années comme se contentent de le faire d’autres propriétaires. Le travail de la vigne nous dépasse. Notre engagement représente une fierté. C’est pour cela que nous abandonnons toute logique de production. Nous sommes responsables vis-à-vis de ceux qui nous ont précédé et qui demandent de faire mieux qu’eux et surtout par rapport à ceux qui vont venir et qui vont nous demander des comptes. Comment justifier de mettre des produits chimiques dans la terre ? Il faut arrêter tout cela”, s’énerve-t-il.
Au domaine Blanck, l’omni-présence du lien familial n’empêche nullement les deux cousins de voyager. “Nous aimons communiquer, échanger, dialoguer. Nous sommes ainsi. On ne dit pas “il y a nous et les autres”, nous apprécions tout ce qui représente un apport qualitatif pour l’Alsace. Quant à nous, la remise en cause est constante. Il faut éviter l’autosatisfaction, se rendre là où des gens qui connaissent le domaine depuis longtemps peuvent nous analyser. C’est la meilleure manière d’essayer de comprendre ce qu’on attend de nous”, conclut Philippe Blanck.

Le domaine et ses Grands crus.

De leur propre aveu, les Blanck « partagent tous, malgré leurs différences, une prodigieuse curiosité vini-viticole. Cela leur a permis d’apprivoiser au mieux les terroirs à leur disposition et de les laisser s’exprimer ». Avec 40 % des vignes situées sur les Grands crus Schlossberg, Fürstentum, Mambourg et Sommerberg, le domaine Paul Blanck marque sa particularité. Au-dessus du château de Kaysersberg, les 3 ha de riesling s’étagent entre des murets de pierre, récemment et soigneusement refaits. Le Furstentum est un peu leur jardin : sur ces versants très raides (37 % de pente), le domaine travaille 6,3 ha (sur 27,65 ha au total), plantés en riesling, gewurztraminer et tokay-pinot gris. Les commentaires dithyrambiques que s’attirent ces vins dans la presse spécialisés sont en partie l’origine du succès du domaine Blanck. Qui a eu la chance de les déguster s’en souvient, au-delà de l’éloge écrit, comme d’une sensation forte, originale. Comme d’un plaisir.

Didier Bonnet pour l'Est Agricole et Viticole



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