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L'effet millésime

Les terroirs dont les origines se comptent en millions d'années, des plantes dont la durée de vie s'estime en décennie, le savoir-faire des vignerons qui progresse avec prudence : mais où se cache donc l'effet millésime ? Dans les variations climatiques, répondent en cœur tous les professionnels de la vigne. Pourtant, celles-ci sont mal connues et leurs effets pas encore vraiment étudiés scientifiquement. Enquête.

Certains cavistes ou quelques revues plus ou moins spécialisées offrent régulièrement des pense-bêtes classant les régions viticoles en fonction des années. Les étoiles pleuvent sur les meilleures années, dans un classement décroissant laissant peu de place à la nuance. Il y a les " bons " vins de telle année et les mauvais de telle autre, sans souci de précision géographique, de cépage et encore moins de vigneron. L'amateur, là-dedans, doit s'y retrouver, quitte à se voir imposer l'impérialisme des " bonnes " et des " mauvaises " années.

Bien sûr, il existe des tendances générales qu'il serait inutile de prétendre nier. La sécheresse de 1976 est une généralité qui a marqué l'Hexagone, tandis que les deux mois de l'automne 1997 ont particulièrement profité aux alsaces, bien plus qu'à d'autres régions viticoles françaises. Reste un souci de généralisation - voire de réduction - bien connu des médias d'aujourd'hui. Alors, comment peut-on définir ce qui constitue l'effet du millésime ? Même au sein de la communauté vigneronne, l'unanimité n'existe pas.

" Le millésime, c'est ce qui explique les différences entre les vins d'années différentes. C'est la manière dont le terroir et la plante réagissent en fonction des composantes du climat, qui peuvent être différentes d'une partie de l'Alsace à une autre ", souligne un vigneron. " Le vigneron doit être là pour équilibrer les variables. Aller dans le sens du grand vin, c'est favoriser l'expression du terroir par le travail du vigneron ", ajoute Patrick Meyer (domaine Julien Meyer) de Nothalten. Même son de cloche chez André Rieffel, de Mittelbergheim, qui considère " que les grands terroirs prennent le dessus sur les millésimes ".

Albert Boxler, de Niedermorschwihr, est d'un autre avis : " Le millésime, c'est la base qui rend les vins différents. Pour obtenir une année exceptionnelle, il faut que les douze mois correspondent à des données précises pour chaque phase de la vigne. C'est ainsi que les vins peuvent obtenir leur complexité. En 1997, on avait eu seulement deux mois parfaits, pas l'année entière. Voilà la raison des déceptions rencontrées sur ce millésime ". Quant au domaine Mittnacht-Klack, on y fait remarquer " qu'il convient d'analyser les phénomènes météorologiques avec finesse : on rencontre des différences souvent substantielles à quelques kilomètres près, selon la façon dont les Vosges ont arrêté les nuages ".

Ces divergences de vue posées, on peut toutefois retenir quelques éléments d'entente : la plupart des vignerons considèrent que l'effet millésime dépend bel et bien des choix opérés par le professionnel en matière de plantation, de taille, d'entretien et de soins, etc. Pour Martine et Vincent Stœffler (de Barr), " il faut laisser faire la nature pour que le vin puisse s'exprimer ", ce qui suppose une certaine attitude vis-à-vis des amendements chimiques, notamment. D'autres laissent venir des périodes difficiles - comme septembre 1998 - avec sérénité, sachant que les sols granitiques ne craignent pas trop ce genre d'aléas : " Nous n'avons pas rencontré de problème de pourriture tout en disposant de très belles matières, riches et équilibrées ", souligne-t-on au domaine Pierre Arnold de Dambach-la-Ville. Même opinion chez Albert Boxler (Niedermorschwihr), où l'on n'a pas eu à souffrir de pourriture grâce au sol granitique.

Tandis que d'autres ont vu leurs vignes souffrir de sécheresse en juillet, menant droit au stress hydrique conduisant à d'autres tensions nerveuses chez le vigneron cette fois: " C'était le pire des cas, car la végétation s'est mise en latence alors que les raisins étaient en phase de mûrissement. Il a fallu se résoudre à éclaircir plus tôt que prévu, ce qui a entraîné des conséquences négatives sur le volume récolté ", explique-t-on chez Bott-Geyl à Beblenheim.

Cet exemple conforte l'opinion de ceux qui considèrent que l'essentiel, en la matière, reste le travail du vigneron, qui doit s'adapter aux réalités climatiques de l'année. " J'ai pratiqué cette année un effeuillage manuel très intense dans la moitié inférieure des rangs afin d'éviter les risques de pourriture, tandis que le haut du feuillage était en mesure de capter les rayons du soleil ", explique Armand Landmann de Nothalten.

Quel que soit le savoir-faire et la sensibilité déployé par chaque vigneron, on constate malgré tout le règne absolu de l'empirisme. " Chacun connaît son micro-climat, ses terroirs et ses vignes. Au vigneron, de s'adapter ", prétendent de nombreux vignerons : une approche plus scientifique pourrait toutefois rendre d'éminents services, qui consisterait à croiser sur des périodes assez longues les relevés de maturité des raisins et les constatations météorologiques et d'en tirer des conclusions, si possible.

Les efforts entrepris à ce jour n'ont pas encore été véritablement menés à bien et surtout pas de façon globale. Il convient néanmoins de conserver une certaine prudence : le fait de bien connaître la relation passée entre la climatologie et le vin ne fera jamais changer le temps qu'il fait. D'autre part, on ne répétera jamais assez que sur une planète vieille de plusieurs milliards d'années, il y a quelque risque à considérer des évolutions basées sur dix ans d'observation. Le réchauffement relatif de la planète n'empêche pas des records de froid. En revanche, l'influence de certaines pratiques industrielles, de circulation ou de certaines cultures sur le taux d'humidité de régions peu ventilées comme la vallée du Rhin doit être prise très au sérieux.

Restent, là encore, à mener des études globales pour en connaître les effets précis sur les vignes et le vin. Subsiste encore une certitude : les variations climatiques qui engendrent les conséquences les plus néfastes pour la vigne l'atteignent d'autant qu'elle est peu enracinée en profondeur. " Plus les racines vont en grande profondeur, moins la plante sera soumise aux aléas climatiques et plus elle restituera les particularités des terroirs ", confie Jean-Michel Deiss. " C'est aussi là un secret des grands vins. En privilégiant l'apport spécifique de chaque terroir, on atténue d'autant les tensions issues des périodes difficiles au plan climatiques, sécheresse, excès d'humidité ", conclut-il.

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