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Le pinot noir en grand cru ?

Si l'Alsace est incontestablement reconnue comme terre de grands blancs, ses pinots noirs ont spectaculairement gagné en qualité en quelques années. A tel point que des voix s'élèvent de pour réclamer la modification des réglementations pour autoriser l'appellation pinot noir sur les Grands crus alsaciens. Une perspective qui ne fait pas l'unanimité.

Etat des lieux : rares sont ceux qui contestent à l'Alsace sa prédominance lorsqu'il s'agit de vinifier riesling, pinot gris ou gewurztraminer. On admet aussi volontiers que les muscats que l'on baptise couramment " d'Alsace " pour éviter la confusion avec ceux de Rivesaltes ou de Beaumes-de-Venise réussissent bien au pied des Vosges. En revanche, la référence en matière de pinot noir n'est pas entre Rhin et forêts vosgiennes mais sur les fameux coteaux qui délimitent la vallée de la Saône, du côté de Beaune.

A tel point qu'une certaine condescendance s'exprime même dans la bouche de certains cavistes ou sommeliers lorsqu'il s'agit d'aborder la question. Et les uns d'évoquer " la nostalgie des pinots bourguignons " après avoir dégusté les alsaciens ou encore de considérer ces derniers tout simplement " inférieurs " à ceux élevés en Côte d'Or.

Mais l'influence des meilleurs spécialistes alsaciens de pinot noir n'a fait que grandir. Tout comme d'ailleurs le nombre des vignerons tentés par l'aventure : " Lorsque j'ai repris l'exploitation familiale voici vingt ans, mon père faisait du rosé. J'ai suivi le mouvement, complexe d'infériorité oblige ! Et puis je m'y suis mis, sachant qu'il faudrait tâtonner ", explique un vigneron bas-rhinois. Et un de ces collègues de poursuivre : " Nombre de mes clients œnophiles se font piéger dans des dégustations à l'aveugle. Ils placent mon pinot noir-barrique dans la gamme des meilleurs bourgognes ", se réjouit-il.

La spécificité des rouges d'Alsace.
Bien entendu, aucun vigneron censé n'imagine pouvoir, du jour au lendemain, rivaliser avec les meilleurs crus bourguignons. D'ailleurs, nombre d'entre eux font observer que la question est ailleurs. Pas plus qu'il n'est tout à fait pertinent de comparer crémants et champagnes, il n'est pas souhaitable de nier aux pinots noirs alsaciens toute identité propre en se contentant de les comparer au modèle bourguignon. Conférer une valeur spécifique à ce cépage est d'ailleurs le travail entrepris par les plus réputés des domaines alsaciens. Il n'est d'ailleurs pas inintéressant de constater que Bernard Burtschy a fait d'un pinot noir - en l'occurrence celui de Jean-Pierre Frick, de Pfaffenheim - son vin de l'année dans l'article consacré au millésime 1997 en Alsace, par ailleurs plutôt très sévère avec la région.
Dans le même temps, les efforts accomplis par les vignerons de Rodern, Saint-Hippolyte, Ottrott, Marlenheim, Albé, etc. pour promouvoir un " rouge d'Alsace " ont contribué à installer l'idée d'une Alsace capable de proposer une nouvelle touche de couleur à sa palette déjà riche.

" Nous devons mettre en valeur la singularité de nos pinots noirs, leur originalité en tant que vins de terroir ", explique Philippe Blanck. Qui insiste sur la démarche entreprise au Domaine Paul Blanck et dans plusieurs autres maisons de vin (Cave de Turckheim, Muré, Zind-Humbrecht, Jean-Michel Deiss, André Ostertag, etc. ) pour donner au rouge d'Alsace ses quartiers de noblesse. " La logique des vins rouges diffère de celles des blancs. Nous devons la comprendre, admettre ses particularités et surtout mettre en lumière les spécificités des terroirs capable de faire s'épanouir des pinots noirs en Alsace ", poursuit-il. Avec, à la clé, toute une gamme de problèmes à résoudre : " Avec des rendements inférieurs à 50 hl/ha, on découvre la prédominance de tanins issus de la peau du raisin. Le passage en barrique - mais pas neuve, car trop agressive - permet des échanges entre tanins. De plus, cette étape de la vinification permet l'expression des particularités des terroirs ", insiste-t-il.
Alors, le salut de l'Alsace viticole viendra-t-il des vins rouges ? Heureusement, les grands blancs ont de belles décennies devant eux, mais le débat sur l'autorisation pour les pinots noirs de s'appeler " Alsace Grand cru " sera relancé. Avec comme enjeu la reconnaissance d'un travail, accompli, le risque d'être comparé à la Romanée-Conti. Et aussi l'insistance qui devra être mise sur l'adaptation du cépage aux terroirs. Car le pinot noir a besoin " de terroirs ferrugineux en cours de déminéralisation, une roche vieille type primaire, pré-cambrien ", selon Marc Kreydenweiss. En tout cas, il ne s'exprime pas bien sur des sols trop opulents et nécessite absolument un traitement et des rendements appropriés. Au-delà de 50 hl/ha, mieux vaut oublier l'appellation grand cru ou les pinots noirs. Une notion facilement admise par certains vignerons mais qui fait encore grincer bien des dents en Alsace.

" Grâce aux efforts menés par de nombreux vignerons, l'Alsace dispose désormais de pinots noirs magnifiques ", considère Pierre Bouard, ancien directeur du Conseil interprofessionnel des Vins d'Alsace. " S'il était logique de ne pas avoir retenu ce cépage dans les Grands crus en 1975, on peut s'interroger aujourd'hui sur une évolution de la réglementation ". Pour l'heure, il s'agit de prouver qu'on peut réaliser de grands vins rouges en grand cru. Et, par conséquent, en vinifier pour établir leurs qualités et leurs particularités.

Reste à connaître l'attitude qu'adoptera la profession viticole alsacienne lorsque le débat sera réellement d'actualité, notamment en matière de réglementation. Car plus encore que les cépages blancs, le pinot noir grand cru ne peut souffrir de compromis.

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