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Pfingstberg - Description du Terroir

Pfingstberg d’Orschwihr : la suprême récompense

Voisin du Bollenberg, le Pfingstberg déroule ses vignes sur les pentes raides qui dominent Orschwihr. Depuis treize siècles, les vignerons y produisent des vins fameux.Entre Rouffach et Guebwiller, les collines sous-vosgiennes s’écartent — aux environs du Florival — pour donner naissance à un petit vallon en berceau. Les vignes souveraines escaladent les versants escarpés, donnant au paysage l’apparence d’une immense coque de vaisseau mythique. Au fond du vallon, dans la partie la plus abrupte du versant sud-est, le Pfingstberg enlace les pentes de la montagne dont il porte le nom. De solides terrasses soutiennent des sols sablonneux-calcaires où s’épanouit un vignoble généreux. Le grand cru Pfingstberg se dresse fièrement face à l’énigmatique colline du Bollenberg, fameuses également par ses vins produits à flanc de coteau, mais aussi lieu traditionnel de rendez-vous du Malin avec sa cour de sorcières.

Dans cette après-midi de février, une brume légère ondule au-dessus de la commune d’Orschwihr, située sur un replat au creux du vallon. L’air frais recèle la neige qui coiffe ce jour-là les sommets vosgiens. Le long des chemins qui serpentent entre les vignes, les fagots de sarments, récemment coupés, semblent attendre le retour des sorcières d’autrefois. La légende raconte que, jadis, elles se manifestaient dans les parages sous l’aspect de charmantes aubergistes à l’affût des voyageurs qu’elles égaraient à l’aide de délicieux petits vins blancs.

Le culte du terroir
Laissant derrière nous ce paysage captivant, nous arrivons à la mairie d’Orschwihr où nous attendent les vignerons récoltants de la localité. Prévenus de notre venue par le président du syndicat viticole Camille Braun, ils n’ont pas hésité un seul instant à laisser de côté leurs nombreuses occupations pour venir témoigner des qualités exceptionnelles du grand cru Pfingstberg.
Hommes de labeur et de patience, dépositaires d’un savoir-faire dont les prémices remontent aux moines cultivateurs de l’époque mérovingienne, ils nous accueillent dans une ambiance conviviale, au travers de laquelle se manifeste un sens profond de l’hospitalité et de la générosité. Le culte religieux qu’ils vouent à leurs terroirs semble commandé par le modeste désir de nous faire partager la suprême récompense contenue dans leurs bouteilles. Ils parlent de leurs vins avec des mots simples, comme s’ils préféraient laisser au liquide la faculté d’exprimer dans le verre toutes les nuances de la matière, du soleil et du travail accumulé.
L’équilibre naturel «Les sols lourds et profonds du Pfingstberg, soumis à un ensoleillement intense, donnent des vins bien charpentés ; un peu austères dans leur jeunesse, mais excellents après 3 ou 4 ans d’âge», déclare Paul Reinhart, maire de la commune, en guise d’introduction à notre rencontre avec les vignerons récoltants. «L’exposition du terrain permet de retarder au maximum la vendange. Cela favorise l’équilibre naturel entre la concentration de sucre et la forte acidité que le terroir concède à nos vins», ajoute Camille Braun, président du syndicat viticole local. Au cours de la dégustation, chacun met en exergue les superbes dispositions au vieillissement du grand cru Pfingstberg, attestées par ailleurs par des documents conservés dans la localité. Dans le menu d’un repas de mariage, célebré en 1908, nous voyons figurer un «Orschwihr de 1865», c’est à dire un vin âgé de 44 ans. Ceux qui doutent encore des facultés de vieillissement des vins d’Alsace seraient bien avisés de faire un détour par les caves des vignerons récoltants du Pfingstberg. Ils y trouveraient des vins nés dans des conditions idéales qui s’épanouissent merveilleusement dans le temps : des riesling dorés, finement fruités, bien équilibrés ; des tokay-pinot gris aux teintes pâles, d’une grande finesse au nez, légèrement musqués ; des gewurztraminer aux arômes subtils, au palais ample et complexe.

Les capitulaires de divers ordres
Les vertus du vignoble de Orschwihr ne pouvaient échapper aux nobles et éclésiastiques qui, au cours des siècles, rivalisaient de zèle en Alsace pour améliorer la qualité de leurs vins et la culture de leurs vignes. La petite localité haut-rhinoise entre dans l’histoire de la viticulture sous le nom d’Otalesviler. Une donnation du comte Eberhard à l’abbaye de Murbach, vers 735-737, cite le domaine comme un lieu où couvents, abbayes, prieurés et autres institutions religieuses se partagent le vignoble. Le couvent d’Eschau y possède ses parcelles en 1060, l’abbaye d’Ebersmunster en 1242 et le couvent de Sainte Marie-Madeleine de Bâle en 1272. Le nom de Pfingstberg apparaît dans un acte d’achat de 1282 sous la dénomination de «Phinisberge» et, quelques années plus tard, en 1299, sous celle de «Pfinkerstberge» dans une donation du chevalier Richard d’Efig au couvent d’Unterlinden. L’évêché de Strasbourg, plus grand propriétaire de vignes en Alsace sous l’Ancien Régime, exploitera directement jusqu’à la Révolution française, la partie supérieure du Pfingstberg appelée «Lippelsberg». Les vins de ce site profitent d’une très haute réputation, consignée dès 1287 dans les annales !

Seigneurs et magistrats réglementent la culture de la vigne, les vendanges et la vente du vin ; ils se partagent avec les capitulaires de divers ordres la manne providentielle des coteaux où la population laborieuse combat la forêt qui dispute l’espace au vignoble. Les vins prestigieux, gloire de la viticulture alsacienne, sont issus de terroirs escarpés, mis en valeur par le travail humain et choyés par le soleil. Mais très souvent, les créateurs de cette richesse se sont vus écartés de la répartition des bénéfices. Ce n’est qu’avec l’époque contemporaine que les vignerons d’Orschwihr parviendront à vivre du fruit de leurs vignes et à se consacrer exclusivement à la viticulture.

Double appartenance
Jusqu’à la révolution française, la localité relève en effet de deux pouvoirs écclésiastiques : celui de Bâle, qui gère les âmes, et celui de Strasbourg qui administre les terres. Selon la tradition, c’est le bon roi Dagobert qui aurait procédé à ce partage : installé à Rouffach, il offrit à l’évêque de Strasbourg toutes les terres que le prélat put parcourir à califourchon sur son âne pendant une journée, pour le récompenser d’avoir sauvé son fils grièvement blessé à la chasse. Orschwihr fit partie du parcours. Ses habitants furent donc dès lors soumis à une double imposition : la spirituelle de Bâle et la temporelle de Strasbourg, sans compter les redevances imposées par les seigneurs qui exerçaient à partir du château de Stettenberg, situé dans la forêt domaniale.
Dans ces conditions, pour les vignerons d’Orschwihr, la culture de la vigne ne sera, pendant longtemps, que l’élément le plus important de leurs diverses activités rurales. Pour subvenir à leurs besoins, ils pratiquent la pluri-culture : céréales, légumes, betteraves (fameuses dans toute la région pour leur qualité) et les fourrages indispensables à la nourriture d’un cheptel important. Certains sont d’habiles artisans : maréchal-ferrant, charronnier, sellier, serruriers…

Les sorcières du Bollenberg
La vie quotidienne se règle au rythme des cultures saisonnières et des usages religieux. Les hommes demandent aux saints de protéger leurs récoltes. Saint Urbain, dont la statue trône encore aujourd’hui dans l’église paroissiale, est promené à travers les coteaux afin de préserver le vignoble des gelées et des épidémies. Lorsque celles-ci surviennent, malgré l’intercession divine, la ferveur populaire les attribue à l’œuvre maléfique de satan qui, du haut du Bollenberg, rêve d’étendre son règne sur le paisible vallon.

Le sommet stérile de la colline devient, dans l'esprit des villageois, le site idéal pour l'accomplissement de noces diaboliques. Dans les «Légendes du Florival» (1886), l'abbé Braun relate que toutes les sorcières du pays se donnaient rendez-vous au Bollenberg : «Elles semblent y être chez elles comme dans leur domaine, soit qu'elles attisent la flamme sous la chaudière où déjà se brasse la tempête, soit qu'elles traversent la neige dans les airs pour semer des flocons sur la campagne, soit qu'elles exécutent une ronde joyeuse sur les hauteurs voisines». D'autres légendes décrivent Satan enivrant les sorcières d'impures jouissances sous les pâles rayons de la lune. La ville de Rouffach conserve dans ses archives les comptes-rendus de condamnations au bûcher de certaines femmes, victimes des superstitions de l'époque.

Les rites des sorcières deviendront des contes fantastiques récités à la veillée pour effrayer les enfants. Avec l'avènement des temps modernes, les prières à la Providence se font moins pressantes et la crainte du Diable diminue, mais la disparition des symboles liés au culte de la nature s'accompagne d'un éloignement de l'homme de la terre nourricière. L'arrivée des manufactures de Guebwiller, l'industrialisation de Mulhouse et l'exploitation des mines de potasse absorbent une forte proportion de main-d'œuvre rurale, en butte aux difficultés que traverse la viticulture alsacienne au cours du XIXe siècle et au début du XXe. Durant cette période, la culture de la vigne perd son caractère primordial à Orshwihr. Son vignoble, un des plus anciens d'Alsace, ne connaîtra une véritable renaissance qu'après la Deuxième Guerre mondiale.

Une œuvre de longue haleine
Dès les années 1960, les vignerons d'Orschwihr emboîtent le pas du renouveau qui gagne toute la viticulture alsacienne. Minutieusement ils restaurent leur patrimoine viticole. Ils élèvent des murs pour vaincre la pente des collines, sélectionnent les cépages et les porte-greffes avec la ferme détermination de redonner à leurs vins leurs anciennes lettres de noblesse. Aujourd'hui la reconquête est achevée. Les coteaux qui dominent la localité ont été gagnés par la vigne. Le Pfingstberg est venu rejoindre la famille des terroirs prestigieux d'Alsace avec un défi permanent pour les vignerons de ce grand cru : faire des vins d'un niveau de qualité exceptionnel. «Notre essor est irréversible, dit à cet égard Valentin Zusslin, vigneron-récoltant à Orschwihr, mais à condition que nous ne fassions pas de bêtises. La qualité nous a apporté la reconnaissance et c'est par elle que nous devons nous imposer sur un marché qui se mondialise de plus en plus. Beaucoup de vins fort bien produits au Chili ou en Argentine par exemple, arrivent en Angleterre, en Allemagne, au Bénélux à des prix défiants toute concurrence. Cette tendance, nous ne pouvons pas la contrer par les prix, mais c'est au niveau de la qualité que nous devons agir. En même temps nous devons faire attention à ne pas dépasser un certain niveau de prix. Il y a un seuil psychologique au-delà duquel le consommateur regarde à deux fois avant d'acheter la bouteille».

Sous ses airs de modernité, Orschwihr honore son vignoble ancestral. Les étables des anciennes fermes sont devenues des caveaux de dégustation où le passé lointain projette sa lumière vers de nouveaux horizons. Confiants dans l'avenir, tout en gardant l'esprit lucide, les vignerons d'Orschwihr accomplissent une œuvre faite pour durer, avec précision et sans empressement.

Vous pouvez également lire L'avis du Connaisseur sur les vins issus de ce terroir.

Victor CANALES



Découvrez aussi la description de ce terroir sur le portail Alsace-Vignoble

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