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Auxerrois et Pinot Blanc : Les faux frères sont de bons amis

Vigneron d'Alsace(s) le nouveau magazine édité par les vignerons indépendants d'Alsace... Cette rubrique reprend les derniers dossiers abordés dans Vigneron d'Alsace(s), vous y trouverez également la liste des vignerons indépendants cités dans le magazine.
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04-05-03 PINOT BLANC 001redim_1.jpgDans l’univers gustatif alsacien, il reste de nombreuses découvertes à accomplir.
Pour cet été, nous vous proposons une originalité : l’Auxerrois, ce cépage, autorisé en Alsace dans l’AOC générique, est souvent utilisé dans l’élaboration des Crémant. Mais sa place est mal définie, car il est souvent commercialisé sous l’étiquette «Pinot Blanc», en assemblage avec celui-ci ou pur. Et son image est rendue complexe par la méconnaissance dont il souffre. Voici ce qu’il faut savoir à propos de l’Auxerrois.

Auxerrois ou Pinot Blanc, comment s’y retrouver ? Avouons-le en toute simplicité, ce n’est pas évident. Question d’identité, l’Auxerrois est peu renommé en alsace. Quant au Pinot Blanc, il joue un rôle croissant dans l’élaboration des Crémant, qui occupent une place croissante sur la planète des vins d’Alsace. Personne ne s’en plaint, reste que le Pinot Blanc en vin tranquille n’occupe pas la place qui lui reviendrait. «Il est très apprécié à l’export, son nom sonne bien, les Pinot sont à la mode et leur style convient bien aux palais anglo-saxons, notamment», soulignent plusieurs vignerons alsaciens rompus à l’exercice du commerce international.
Doté d’une acidité qui structure bien ses arômes frais et fruités, le Pinot Blanc est considéré comme une excellente entrée en matière pour les vins de style «alsace», avec sa gamme d’arômes francs et fruités, fleuris, une acidité présente mais rarement refusée par ceux qui cette composante dérange.

Un grand à part entière
Et l’Auxerrois ? «Il recèle moins d’acidité que le Pinot Blanc. Mais lorsqu’il est bien vinifié, il échappe pour autant à toute mollesse et développe au contraire des arômes soyeux, incomparables, et permet l’élaboration de cuvées de longue garde», s’enthousiasme Philippe Blanck, vigneron à Kientzheim (68). Pour ce chantre de l’Auxerrois, il n’y a pas de doute : c’est bien un grand vin d’Alsace à part entière. La preuve : ce domaine dispose en cave de références d’Auxerrois sur une douzaine de millésimes (lire les commentaires de dégustation sur www.Blanck-alsace.com) . On reconnaît un vin issu 100% de l’Auxerrois à son caractère épicé et doux, ce qui n’implique pas nécessairement la présence de sucres résiduels, ainsi qu’à sa faible acidité et à sa bonne teneur en alcool. Ainsi, l’Auxerrois, sous ses diverses formes, représente une alternative supplémentaire pour tous ceux qui considèrent qu’en Alsace, on trouvera toujours une réponse à une envie gustative ou bien la recherche de l’accord parfait entre un vin et un plat. De ce point de vue, l’Auxerrois offre de multiples ressources.
Faute d’un positionnement bien clair, l’Auxerrois est souvent vendu sous étiquette «Pinot Blanc». Pas facile, dans ces conditions, de s’y retrouver. Rares sont en effet les vignerons qui revendiquent haut et fort leur Auxerrois, d’autant que la réglementation en vigueur en Alsace qui exclut ce cépage des Grands Crus a également provoqué son arrachage des quelques terroirs où il s’épanouissait, comme le Hengst, le Sonnenglanz, le Mambourg, le Kirchberg de Ribeauvillé ou le Mandelberg. Certains metteurs en marché travaillent toutefois des Auxerrois sur ces Grands Crus, en respectant les règles d’une viticulture de terroir exigeante. On les retrouve cachés derrière une lettre, comme le «H» de Josmeyer (Wintzenheim, 68) sur le Hengst ou le «K» de Kientzler sur le Kirchberg de Ribeauvillé.

Tout, tout, tout, sur l’Auxerrois
D’abord, l’Auxerrois ne vient pas… d’Auxerre. Ensuite, il est ampélographiquement parlant tout à fait distinct du Pinot Blanc. L’Auxerrois est un cépage blanc planté dans l’est de la France ; il provient des coteaux de la Moselle où il était planté depuis la fin du XIXème siècle. Il s’agit donc de l’Auxerrois de Laquenexy près de Metz.
C’est de là qu’il a traversé les Vosges vers l’est, débarquant en Alsace alors que le vignoble se relevait du désastre du phylloxéra. Mais c’est surtout dans la seconde moitié du XXe siècle que l’Auxerrois a été planté. Le Pinot Blanc est en revanche cultivé en Alsace depuis le Moyen-Âge.
Un autre cépage est appelé Auxerrois (Auxerrois de Cahors), mais c’est encore un autre raisin : il s’agit du côt malbec à raisins noirs. Une certitude, l’Auxerrois ne fait pas partie de la famille des Pinot. Ces deux cépages voisins, mais ampélographiquement distincts, donnent ensemble des vins d’une qualité constante, bien équilibrés, discrètement fruités et d’une agréable souplesse. Les grappes d’Auxerrois donnent des grappes petites à moyennes, compactes, avec des baies petites, sphériques, blanc doré terne, peau fine et pulpe molle.

Sous l’étiquette, l’Auxerrois
L’ampélographe Pierre Galet considère que l’Auxerrois n’a aucune parenté avec le Sylvaner ou le Chardonnay : il dément ces hypothèses et considère qu’il s’agit d’un cépage distinct, étudié pour la première fois en Lorraine mais, dont les origines restent imprécises. Ce cépage, bien adapté aux zones septentrionales et aux terroirs calcaires, possède une vigueur moyenne. La recherche du bon Auxerrois tient de la quête méditative. Et d’une forte dose de curiosité pour tenter de trouver sous l’étiquette… l’Auxerrois. Des pistes ? En voici quelques-unes, parmi bien d’autres : les domaines Rieffel et Schwob de Mittelbergheim (67), Deiss de Bergheim (68), Stirn de Sigolsheim (68), Jean-Louis Mann d’Ingersheim (68), Albert Boxler de Niedermorschwihr(68). Bien d’autres vignerons élaborent des cuvées d’Auxerrois pur et, comme nous l’avons expliqué, les commercialisent tantôt sous cette dénomination, tantôt sous le nom de Pinot Blanc ou de Klevner.
Armés de ces éléments, il devient possible de se mettre en chasse de ces flacons que l’on découvrira plus souvent qu’il n’y paraît. Car nombreux sont finalement les vignerons alsaciens qui ont saisi tout l’intérêt que peut représenter ce cépage et toute la noblesse que l’on peut en retirer. Qu’il soit vinifié à destination d’un usage simple et quotidien, qu’il soit privilégié à la manière d’un Grand Cru ou magnifié dans la complexité d’une Sélection de Grains Nobles, l’Auxerrois ajoute une touche de charme supplémentaire à la gamme des vins d’Alsace. Et ce n’est pas si mal, dans un monde où menace l’uniformité.

Pour y voir clair
L’Auxerrois est autorisé dans l’AOC Alsace sous son nom propre, sous le nom de Pinot Blanc ou en assemblage avec ce dernier. Il peut aussi entrer dans l’assemblage d’Edelswicker et dans l’élaboration du Crémant. Des usages locaux le font également apparaître sous le nom de Klevner ou Clevner. Attention de ne pas confondre ces dénominations avec le Klevener de Heiligenstein, appellation autorisée dans le cadre de l’AOC Alsace, qui concerne des vins élaborés à partir de savagnin rose, planté depuis environ trois siècles en Alsace, et exclusivement autorisés sur le ban de la commune de Heiligenstein et ses villages environnants.

Des Auxerrois VT et SGN
L’Auxerrois n’est pas considéré comme un cépage noble, même lorsqu’il provient d’un terroir classé en Grand Cru. Il ne peut donc être revendiqué comme une Vendange Tardive ou une Sélection de Grains Nobles. Cela n’empêche pas certains vignerons de cultiver leur indépendance et de proposer des cuvées d’Auxerrois en tous points remarquables. Parmi eux, le domaine Armand Hurst de Turckheim (68), qui proposait son Auxerrois « façon » SGN 2004 lors de la présentation annuelle des Grands Crus d’Alsace à la Confrérie Saint-Etienne, en novembre 2005.
Malgré sa jeunesse, ce vin affiche des caractéristiques de vin d’Alsace (vivacité au nez et en bouche, malgré 160 grammes de sucre par litre ! C’est un vin liquoreux très puissant, doté d’une grande palette aromatique, à garder longtemps. Le domaine Binner, d’Ammerschwihr, met également en marché une cuvée d’Auxerrois «type» VT qui confirme que ce cépage n’est pas seulement réservé à la soif des moments agréables, vins à boire jeunes, mais qu’il dispose d’un potentiel remarquable lorsqu’il est conduit avec le soin nécessaire.
Encore une preuve de cette capacité de l’Auxerrois à produire de grands vins : le commentaire de Frédéric Voné, sommelier à la Cour d’Alsace à Obernai (67), à propos d’un Auxerrois 2004 du domaine Paul Blanck et Fils, qui estime l’apogée de ce vin vers 2015/2020.

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