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Domaine François Schwach et fils à Hunawihr

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

schwachcopie.jpgLa viticulture au féminin

Un reportage sur une entreprise viticole alsacienne s’apparente souvent à un bref éclair photographique. L’instantané saisit le présent. Il n’empêche pas le passé de sourdre, ni le futur de se laisser entrevoir. Rencontre avec Nathalie Schell, l’épouse de Philippe Schwach. Leur domaine s’est illustré, entre autres, au concours du meilleur riesling du monde en 2007.


Pour toutes les localités du piémont sous-vosgien, les mentions historiques de la présence de vignes ne manquent pas. Hunawihr ne fait pas exception. Dans un cartulaire du chapitre de Saint-Dié qui possédait l’église de Hunawihr et des biens, autour de l’édifice de culte, les ceps apparaissent le 10 janvier 1114.
Le chapitre déodatien ne constitue pas la seule institution ecclésiastique possédant des raisins dans le lieu. On y trouve encore les dominicaines de Sylo à Sélestat dans un document du 25 mai 1314. Ou encore les cisterciens de Pairis, aux alentours de 1360, lesquels mentionnent de nombreux lieux-dits : “in dem berge vor dem walde, in dem berge neben der Reite, am Falkhofe, im Erben, uf dem jungholtz, uf engen gassen”. L’urbaire des chanoines de Marbach, au-dessus d’Eguisheim, indique aussi des vignes canoniales à Hunawihr, en 1433 : “hinder und under der kilchen, in dem wingarten, in ellenden”.
Hunawihr, terre des Wurtemberg, passe à la Réforme au début du XVIe siècle. Il y aura désormais, et ce jusqu’à nos jours, des vignes protestantes et des vignes catholiques. L’église, symbole de la communauté assemblée, traduit, le 14 février 1687, la mixité religieuse de la localité, puisque se met en place le simultaneum, reflet du partage de Dieu. Un ingénieur militaire qui consigne tout ce qu’il voit, en 1732, note : “Hunawihr est un gros village composé de 76 feux situé dans un petit fond au pied des montagnes. L’église est sur une petite hauteur et entourée de bonnes murailles avec des tours.”
Une vieille chronique locale, celle du luthérien Jean Dissler, nous fournit de précieux renseignements sur les millésimes du XVIIIe siècle : les grosses et belles vendanges de 1718, 1727, 1728, 1738 ainsi que les catastrophes de 1713, 1721, 1740 et 1745. Enfin une enquête de 1860 remarque : “A Hunawihr, une grande partie des vins, environ la moitié, ne sont pas encavés dans la localité, attendu que leurs vignes appartiennent à des propriétaires de Ribeauvillé, de Zellenberg, de Riquewihr, d’Ostheim et de Beblenheim.”

La naissance d’un domaine
Le soin des vignes et la séparation confessionnelle se traduit, deux siècles et demi plus tard dans l’exemple des Schwach. François Schwach, né à Ribeauvillé le 20 mars 1926, décédé à Ribeauvillé le 1er juin 2007, épouse Marie Andrée Ermel, née à Hunawihr le 13 février 1925. Lui est catholique, elle est protestante. L’amour brave les interdits religieux et, contrairement à l’usage, leur fils, Philippe Schwach est baptisé catholique. François Schwach exerce d’abord le métier de courtier en vins. Petit à petit, il réinvestit ses économies dans l’achat de vignes, pour constituer un domaine conséquent de neuf hectares.
Philippe Schwach, né en 1955, continue et développe l’entreprise. Dès 1975, il œuvre avec son père, avant de prendre définitivement le relais en 1982. Passé par Rouffach, curieux et intéressé par tous les domaines viticoles, il ne cesse de renouveler son savoir, adepte de la formation permanente et particulière. Il épouse en 1978 Nathalie Schell, une Parisienne, originaire d’une famille de pieds-noirs. Professeur de comptabilité et d’informatique au lycée de Ribeauvillé, elle décide de quitter l’Education nationale pour se consacrer entièrement à la gestion de l’entreprise avec son mari.
Aujourd’hui, le couple exploite 18 hectares, dont 13 en propriété. huit personnes œuvrent au domaine : un chef de culture, trois personnes au dehors et quatre dans les secteurs administratif et commercial. Les vignes sont réparties sur Ammerschwihr et son Kaefferkopf, Riquewihr, Beblenheim, Zellenberg, Ribeauvillé et Bergheim. 85 % de la production s’écoule auprès d’une clientèle de passage ou d’amis. Les chambres d’hôtes exploitent l’atout du tourisme, tout en fournissant un débouché. Des trois enfants du couple, Sébastien, né en 1979, œuvre déjà avec ses parents depuis 2003, tant à la vigne qu’à la cave. Clément, né en 1982, a hérité de sa mère la passion pour l’informatique. Enfin Justine, née en 1988, a encore du temps devant elle pour se décider.

Les convictions de Nathalie Schwach
Intéressons-nous, aujourd’hui, à l’élément féminin - et moteur - du domaine. Nathalie Schwach occupe de multiples fonctions. Chef d’entreprise, avec son mari, tout d’abord. Responsable de l’accueil ensuite, où sa maîtrise de l’anglais fait merveille. Il faut être disponible longtemps - bonjour les 35 heures -, avenante, dégager de la convivialité. Aimer en fait les gens pour communiquer avec eux, car ils sont “de plus en plus seuls”. S’occuper des chambres d’hôtes n’est pas une sinécure, même si elles constituent un apport non négligeable dans le budget de l’entreprise.
Il n’est pas inintéressant de rendre compte des réflexions de cette femme dynamique. Son point de vue sur la gestion des entreprises mérite d’être relevé. Professionnelle de la comptabilité et donc, a priori armée pour jongler avec les chiffres, elle relève d’abord la révolution, voire le “terrorisme”, engendré par internet. Ayant vécu la mort brutale de la comptabilité sommaire, elle rend compte de la difficulté, autour d’elle, des chefs d’exploitation qui ont du mal à s’adapter aux nouvelles technologies.
Surtout elle n’hésite pas à souligner le paradoxe économique français (et donc alsacien) : d’un côté, un discours officiel faisant l’apologie de l’exportation ; d’un autre les invraisemblables difficultés douanières qui découragent maints vignerons. “On ne nous fait pas la vie belle.” Elle constate, depuis 1997, une rupture. Pour elle, les vingt ans qui vont de 1977 à 1997 correspondent à une croissance, et la période qui suit s’apparente à une phase de stagnation, voire de récession.
Ses réflexions, lucides plus que pessimistes, n’entament d’ailleurs ni sa foi en la viticulture alsacienne, ni son dynamisme. “Il faut tenir bon sur la qualité”, avance-t-elle, tout en pourfendant la paperasse totalement inutile, sous laquelle ploient les entreprises.
Y a-t-il un intérêt de remplir en mars une déclaration d’intention de faire du grand cru ? Donnant aussi son avis à son mari qui vinifie, elle ose encore : “A force de diminuer les rendements le sylvaner et le riesling perdent leur typicité.”
Nathalie Schwach termine par l’impact de la bonne surprise du meilleur riesling 2005 du monde. A peine les résultats étaient-ils connus qu’elle recevait un mail de… Tel Aviv. Le client, nouveau, lui demandait l’envoi de quelques flacons du divin breuvage. Mais le domaine n’avait pas attendu cette récompense pour faire partie des meilleures exploitations d’Alsace.

Epilogue
Concluons notre propos pour illustrer le titre de l’article et relier le passé au futur. Au début de l’histoire, la grand-mère luthérienne Ermel avait affirmé, au tournant du XXe siècle, qu’elle “ne donnerait pas de son vin à un curé catholique.” Un siècle plus tard, Nathalie Schwach nous introduit dans la féminisation accélérée de la viticulture alsacienne. Ultime anecdote pour ceux qui se rendront au domaine : une petite porte pratiquée dans la clôture permet de passer des Schwach aux Ermel.

Claude Muller

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Extraits de notre magazine "Vigneron d'Alsace(s)"

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