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Douze terroirs d’anthologie

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

R comme Rolly-Gassmann et Rorschwihr
Douze terroirs d’anthologie

Rorschwihr constitue assurément une anomalie dans le vignoble alsacien. Alors que l’excellence de son vin
et de ses terroirs est connue et reconnue depuis des temps immémoriaux, la législation contemporaine ne reconnaît pour l’heure ni grand cru, ni lieu-dit. Présentation d’une injustice et gros plan sur une famille de vignerons d’exception.

Rorschwihr, dans le canton de Ribeauvillé, compte 372 habitants d’après le recensement de 1999. La superficie du ban s’élève à 247 hectares. La vigne constitue l’unique ressource de la localité : 132 ha en 1836, 134 ha en 1896, 164 ha en 1996. Malgré les crises successives, sa surface reste stable, voire augmente. Le Meyerhof, ancienne cour colongère de l’abbaye vosgienne de Moyenmoutier, toujours debout, rappelle que seigneurs et monastères y possédaient des vignes depuis les temps incunables. Ici les condamnés ne devaient pas payer d’amende, mais effectuer leur peine en jours de travaux dans les vignes !


Splendeurs médiévales
Aucune autre cité viticole alsacienne ne peut présenter pareil feu d’artifice historique. Dans les brumes mérovingiennes, un acte du 1er mai 742 stipule que le domaine royal, entouré de vignes, passe aux mains du noble franc Rantwig. Cette même année, l’abbaye de Wissembourg confirme l’acquisition de vignes à Rorschwihr par Pépin le Bref. De 771 à 974, l’abbaye bénédictine d’Ebersmunster prélève des taxes sur le vin dans la localité. Le 1er mai 817, Louis le Pieux y confirme la possession de vignes. En 911, une partie du vignoble appartient à la célébrissime abbaye bourguignonne de Cluny. En 987, un document, aujourd’hui détruit par un incendie, stipule que Hugues Capet y possède quelques ceps.
L’entrée dans le nouveau millénaire provoque une inflation de mentions. Le pape Clément III possède des vignes à Rorschwihr en 1092. Les dominicains de Sylo, à Sélestat, s’approvisionnent dans la localité, en 1094, pour leur vin de messe. En 1114, l’empereur donne une charte pour son vignoble sis à Rorschwihr. Cinq ans plus tard, le pape Calixte II y surtaxe les vignes et, en 1140, le pape
Innocent II confirme, sans ambiguïté aucune, à l’abbaye bénédictine de Moyenmoutier, la possession ancienne de vignes à Rorschwihr.
Un premier lieu-dit apparaît explicitement au XIIe siècle. Le 19 juillet 1183, le pape Lucius III confirme à l’abbaye d’Ebersmunster la possession d’une vigne au Pflaenzerreben. Mais, pour notre propos, le document le plus important date de 1348. Les dominicains de Sylo y détaillent les cantons d’où proviennent leur vin de Rorschwihr : Rotleibel, Moenchenreben, Kappelweg, Weingarten, Pflaenzerreben déjà nommé, Oberer Weingarten, Stegreben, Grasberg, Kugelberg, Lachreben, Silberberg et Oberer Silberberg, devenu Honigacker en 1750.

Des terroirs d’exception à une entreprise remarquable
Après ce parcours dans l’histoire, passons à la tradition orale. Qui veut bien se donner la peine d’écouter les anciens sait bien qu’“il vaut mieux planter ce cépage ici et qu’un autre n’y réussit pas.” Nul besoin de fréquenter Polytechnique pour se rendre compte aussi que le raisin ne propose pas le même goût de part et d’autre du chemin vicinal. Tout logiquement une analyse des sous-sols effectuée par Claude Sittler et Robert Thirion - échelle à 1/5 000e ! - confirme l’identité originale de chacun de ses terroirs. Loin de la querelle des anciens et des modernes du Grand siècle, la confrontation entre l’histoire, la géologie et le vin tourne à la preuve par neuf, par douze en l’occurrence (lire encadré).
Au centre de Rorschwihr se dresse l’église Saint-Michel, reconstruite au cours de la première moitié du XIXe siècle en style néo-gothique. Elle renferme un orgue Callinet de 1839. Seul subsiste le clocher-chœur voûté du XIIIe siècle. Une croix monumentale de 1719 orne la façade orientale.
De l’église au caveau niché dans une maison d’apparence modeste, il n’y a qu’un pas, une placette à traverser. C’est là que le chaland est accueilli par Marie-Thérèse Rolly et Louis Gassmann, auxquels s’est adjoint en 1997, millésime béni, leur fils Pierre, né en 1973. L’arbre généalogique familial remonte à 1611 pour les Gassmann de Rodern et à 1676 pour les Rolly de Rorschwihr. L’apport de chaque génération a permis d’édifier un domaine de 35 ha, répartis sur Rorschwihr essentiellement, lesquels débordent sur les crus de Bergheim et Rodern.

L’entreprise emploie une quinzaine de personnes.gassmann_copie.jpg
La simplicité ostentatoire du caveau, qui va de pair avec la chaleur de l’accueil, reflète la philosophie des hôtes. Laisser faire la nature, à son rythme, sans trop intervenir. Accueillir la lumière, car riche et chaleureux, le soleil prodigue ici ses rayons, comme en témoigne la précocité des cerises et des autres plantes. Attendre que le pépin soit brun avant de récolter. Lorsque sonne l’heure de vendanger, les grappes se cueillent une à une, cépage par cépage, terroir par terroir. Tout est pressé en respectant la spécificité de chaque terroir et vinifié selon la personnalité du vin, même si le maître-mot reste l’équilibre des vins dans le temps. A ceux qui les interrogent sur les raisons de ces pratiques, les Gassmann répondent : “Depuis des générations, nos parents ont toujours agi ainsi”. Et rappellent que les vins de Rorschwihr pouvaient attendre dix à quarante ans de maturation avant la Révolution.
Ce qui explique la politique commerciale de la maison. Depuis que les Rolly-Gassmann mettent en bouteilles eux-mêmes, c’est-à-dire depuis 1947
- avant le vin était vendu aux Hospices de Strasbourg, aux restaurateurs et à des particuliers en fûts -, ils ne le cèdent pas le plus vite possible et au plus bas prix. Au contraire, ils n’hésitent pas à thésauriser et à faire vieillir certains millésimes pour les laisser s’épanouir. Si le domaine produit 200 000 bouteilles par an, il reste plusieurs années en stock. Ainsi 1992, 1994 et 1996 ne sont pas encore mis sur le marché car trop jeunes !
Au passage, la clientèle exigeante et fidèle apprend les vertus de la patience. Car 65 % de la production s’écoule auprès de particuliers - même les importateurs sont d’abord d’anciens aficionados -, 15 % à l’exportation, 10 % dans les restaurants étoilés et 10 % dans la restauration classique. Cette politique constante dans la recherche qualitative explique une régularité de la puissance et de l’équilibre des vins. Lors de la vendange de 2006, faible en quantité, les concentrations dépassent celles de 2000 et rejoignent celles de 1996, alors que les acidités ressemblent à celles de 1996 et de 2002, au point que, une fois de plus, tous les rieslings, tokays et gewurztraminer du domaine peuvent revendiquer l’appellation vendanges tardives ou sélection de grains nobles. Car si la nature a gratifié les vignerons d’un millésime particulièrement difficile, l’homme, lui, y a exprimé son savoir.


Claude Muller

Est Agricole et Viticole du 13/04/2007


Douze terroirs originaux

1. Le Weingarten, composé de calcaire oolitique colluvionné à matrice de marnes argileuses sur 8 ha, produit un vin aux arômes beurré et noisette, se montrant opulent et structuré autour des acidités. Le Meyerhof se situe à l’extrémité méridionale du terrain, en relation avec l’acte de Rantwig en 742. Exploité depuis le XVe siècle par des propriétaires privés, il apparaît sur une étiquette de 1850. Le sylvaner Weingarten de Rorschwihr se commercialise en 1923.
2. Le Rotleibel suggère une terre rouge, en fait un limon argileux marneux brun caillouteux, plaqué sporadiquement de lœss. Deuxième lieu-dit par sa superficie de 17 ha, il donne naissance à un vin aux arômes de fumé, grillé, toast, et, à la dégustation, il est intense, botrytisé, ample et gras, revendiqué à la fois par les bénédictins de Moyenmoutier et les dominicains de Sélestat.
3. Le Mœnchreben est constitué de limon argilo-marneux, colluvionné d’argile et de calcaire. La vigne des moines, réminiscence bénédictine de Marmoutier, troisième lieu-dit par sa superficie de plus de 13 ha, crée un vin, au nez floral et minéral, à la bouche délicate, subtile, à l’acidité fine et longue qui se raffine avec l’âge, un vin à la garde importante.
4. Le Silberberg occupe la plus grande superficie, avec 22 ha, sur du Muschelkalk silicifié. Son vin dégage au nez des arômes citron et citronnelle et présente, en bouche, la vivacité tranchante de l’acide tartrique. Le terrier de l’église de Rodern, renouvelé en 1581, prouve que les vins récoltés sur la montagne d’argent sont considérés comme nobles.
5. Le Lachreben, la vigne qui rit aussi bien à Moyenmoutier qu’à Sélestat, se compose de marne calcaire barriolé du Keuper, plaqué d’argile sableuse et s’étend sur une dizaine d’hectares. Arômes d’agrumes, minéral, épicé. Bien structuré, le vin fait entrevoir la délicatesse des acidités.
6. Le Pflaenzerreben, plants de vigne, est constitué de 6 ha de limon argilo-calcaire de type Muschelkalk. Le vin, aux arômes fleur jaune, bouillon blanc, se caractérise par la complexité des acidités, un léger tanin, subtil et complexe. Dès 1092, Clément III y possède des vignes et, le 19 juillet 1183, il est expressément stipulé.
7. Le Kappelweg, chemin de la chapelle, mis en valeur par les bénédictins de Moyenmoutier du VIIIe au XVIIIe siècle, occupe une petite surface de 5,6 ha, composée de marne calcaire gris bleu du Rupelien. Son vin, qui dégage des arômes de fleur blanche et d’acacia, apparaît, en bouche, féminin, aérien et délicat, corsé et persistant.
8. Le Stegreben, l’escalier de vignes, formé de conglomérats de calcaire oolithiques et de marnes interstratifiées, occupe le dernier rang par sa superficie de 5 ha. Il n’en produit pas moins un vin de haute expression. Arômes de gingembre, poivre vert, litchi. En bouche, il est chaleureux et austère. Louis le Pieux, en 817, y possède des vignes.
9. L’Oberer Weingarten, jardin supérieur de vin, se démarque par ses lentilles argilo-limoneuses sur calcaire oolithique, sur une superficie de 6,3 ha. Son vin propose des arômes de fruit exotique, mangue et litchi et, en bouche, un goût passerillé. Son nom évoque quelques propriétaires prestigieux : Pépin le Bref en 742, Louis le Pieux en 817, Hugues Capet en 987, Henri V en 1114, les Habsbourg en 1313.
10. Le Grassberg ou montagne de l’herbe, avec son calcaire oolitique, s’étale sur près de 13 ha et donne un vin à la note beurrée présentant des acidités complexes et fines. Moyenmoutier et Sélestat l’exploitent.
11. Le Kugelberg, mont des billes, se compose d’argile sur calcaire oolithique en 7,5 ha. Il engendre un vin à l’arôme de note vanillée. A la dégustation, l’intensité de fruits grillés se révèle.
12. L’Oberer Silberberg, enfin, apparaît dans le fameux acte de 1348. D’une superficie de 11 ha, son sol comprend du calcaire silicifié et des quartzites en amont, du calcaire et des marnes en aval.

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Extraits de notre magazine "Vigneron d'Alsace(s)"

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