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L'amour de la vigne

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

Hervé Gaschy à Eguisheim

Une double ceinture de remparts dont le tracé concentrique est encore visible, un château encore fièrement debout, une douzaine de maisons dîmières répertoriées, Eguisheim offre au touriste les vestiges d'un passé glorieux. Hervé Gaschy y poursuit une longue tradition de viticulture de qualité.

En 1732, un ingénieur parcourt à cheval le secteur de Rouffach à Eguisheim. Il ne chevauche pas pour son plaisir, mais il prend note avec application de tout ce qu'il voit ou plutôt de tout ce qui l'intéresse professionnellement. "La géographie sert à la guerre", faut-il rappeler. Que relève le piou-piou ? Suivons ensemble ses notes.
"Rouffach est une petite ville composée de 477 feux située dans la plaine au pied des vignobles. Il y a une double enceinte assez bonne. Le château (Isenbourg) qui se voit à côté de Colmar est élevé par rapport à la ville sur une espèce de butte en hauteur. Voegtlinshoffen est un village composé de 28 feux situé au pied des montagnes dans le vignoble. La tour de l'église est voûtée. Obermorschwihr est un gros village composé de 70 feux situé sur un coteau au milieu des vignobles. La tour de l'église est voutée. Eguisheim est une petite ville composée de 230 feux située au pied du vignoble. Il y a une double enceinte avec un fossé."
Dans le style sec propre aux gens d'armes, l'ingénieur dit tout. Certes il évoque la pierre nécessaire à la défense, la muraille, le mur,le muret comme on peut s'y attendre. Mais il ne peut passer sous silence ce qui nous intéresse au premier chef, soit l'omniprésence de la vigne. D'ailleurs, un de ses collègues, en 1783, c'est-à-dire un demi-siècle plus tard, ne dit pas autre chose : "Eguisheim considérée à part et d'une manière isolée est un excellent poste de guerre. La disposition circulaire de ses bâtiments et un château hexagone avec un donjon de même forme placés au centre de la ville offrent des moyens d'une belle défense à un corps d'infanterie. Cette ville a 2 250 habitants... Dans tout le canton, la culture se réduit presque à celle de la vigne et le commerce se borne à celui du vin."
La viticulture apparaît dans quelques Hausbücher encore conservés de nos jours. Dominique Bendelé consigne ainsi de nombreux détails de 1824 à 1870. Il note pour 1825 : "Le vin fut cette année-là d'une qualité exceptionnelle; de mémoire d'homme on n'a jamais vu cela. La qualité était même supérieure à celui de 1822. Les vendanges ont débuté le 14 octobre, le prix variant de dix à seize francs la mesure." Dès lors il égrène un à un tous les millésimes avec plus ou moins de détails : beaucoup de vin en 1826, très peu en 1827 à cause de la gelée en février.
Le 1834 est évidemment particulièrement loué : "Dans  le vignoble, cela commençait à bourgeonner en mars et avril comme d'habitude en mai et juin. Les cerisiers et les amandiers ont fleuri comme des boules de neige, tellement le temps était doux. Tout l'été fut ensoleillé et sec. Le vin était d'excellente qualité aussi bon qu'en 1753 d'une quantité plus que raisonnable. On a vendangé à la fin du mois de septembre."
Un autre chroniqueur, Joseph Zinck, garde pour la postérité les années 1876 à 1887, plus difficiles pour les vignerons. Citons, au hasard, le millésime 1879 : "Le printemps était froid et monotone, février humide, mars et avril assez secs. Fin avril le froid a fait son apparition. Les vignes ont souffert, pas de floraison au début mai. Sie waren blut und blind. Juin était mauvais comme les mois précédents, humide et froid, venteux. Vers la fin du mois, nous avions quelques jours ensoleillés et les vignes ont commencé à fleurir. Le 2 juillet, au milieu de la fenaison, un violent orage s'est abattu sur Eguisheim, vers 2 heures de l'aprés-midi. Le temps s'est rafraîchi. La mesure de vin qui valait de 17 à 18 francs a grimpé jusqu'à 25 à 26 francs. Les vendanges ont débuté le 17 octobre à Herrlisheim ainsi qu'à Eguisheim, le 20 octobre à Obermorschwihr. Les raisins ne sont pas arrivés à maturité convenable. Le vin fut donc de mauvaise qualité. En plus il a neigé avant les vendanges et des gelées blanches ont touché l'orée de la forêt."

Aux origines d'un domaine
gaschypereetfils copie_1.jpgDe Bendelé et de Zinck aux Gaschy s'écoule un siècle. Mais encore et toujours, à Eguisheim, le fil du temps n'est pas rompu. Le vignoble reste toujours omniprésent. Débutons par le fondateur du domaine, Paul Gaschy (1909-1990). Avec son épouse Augustine Grieneisen (1908-1995), originaire de Burnhaupt-le-Bas, il quitte en 1938 Wettolsheim pour Eguisheim, y ayant hérité d'une ferme avec grange et dépendances. Il pratique, outre le soin des vignes, la polyculture et l'élevage car, rappelons-le, Eguisheim possède un ban en plaine avec de riches terres céréalières. En 1956, il acquiert un pressoir horizontal et à partir de 1964, il se lance dans la mise en bouteilles.
En 1974, son fils, Bernard Gaschy, né en 1946, lui succède, après avoir suivi des cours à Rouffach, puis à Dijon. Avec l'aide de son épouse, Marie-Claire Sifferlen, née en 1942, originaire de Guewenheim, Bernard Gaschy entreprend l'agrandissement de la surface viticole : de 5 hectares, le domaine passe à 7 ha, se répartissant entre Eguisheim, Wettolsheim, Wintzenheim et Herrlisheim...  Les fleurons Pfersigberg, Eichberg et Hengst, trois grands crus, occupent 2,30 ha. En 1979, Bernard et Marie-Claire Gaschy réalisent la transformation des bâtiments. Tout ce qui servait à l'élevage disparaît, au profit de la vigne et du vin. Le couple continue d'exploiter 8 ha consacrés aux grandes cultures situés dans la plaine.
L'entreprise produit environ 50 000 bouteilles, bon an, mal an, avec des écarts variant selon la production annuelle. L'excellent sens relationnel explique le mode de vente : presque uniquement les réseaux de clients, entretenus depuis de longues années. Le groupage permet évidemment de réduire considérablement les frais de transport.

Un vigneron talentueux
Petit, il restait assis dans la cave, écoutant silencieusement et presque religieusement si l'on ose l'écrire, son père quand il recevait des clients. Plus grand, alors qu'il fréquentait le collège, puis le lycée, ses professeurs lui répétaient qu'il devrait faire math sup. Le jeune homme n'a jamais varié : Hervé Gaschy, né en 1976, a toujours su et dit qu'il suivrait sa vocation... vigneronne. Après l'obtention de son diplôme national d'oenologie et d'un mastère en gestion, il s'associe en 2001 avec ses parents, devenant aujourd'hui le chef de l'exploitation. Ensemble, ils construisent une extension des bâtiments d'exploitation et étendent la surface viticole à 8 ha.
Hervé Gaschy expose clairement sa philosophie. Il faut que la matière première, c'est-à-dire le raisin, atteigne sa maturité parfaite. Aussi faut-il observer consciencieusement le vignoble, vérifier la concentration en sucre et en acidité tartrique. Il convient ensuite d'accompagner les processus naturels. Les vendanges manuelles restent à l'honneur, le rythme de fermentation du vin prévaut, de quinze jours à un an s'il le faut.
Hervé Gaschy est un fervent défenseur de la nature et de l'environnement. Pour lui, "la protection de la vie et de l'espace naturel, c'est l'avenir de l'homme et de sa santé. Nos modes de vie provoquent des déséquilibres et des incohérences lourdes en conséquences. La viticulture et son vignoble sont un riche patrimoine. Son espace doit être respecté et préservé. Le vigneron, par son travail, peut donner l'exemple en présentant aux consommateurs un produit naturel et noble."

Au terme de notre entretien, le jeune vigneron affirme nettement ses convictions : "Il faut arrêter de se lamenter." Plutôt que de vouloir copier les entreprises du Nouveau Monde qui disposent d'autres moyens et d'autres superficies, il faut chercher à utiliser les potentialités de nos terroirs, unanimement reconnus. Loin de s'adapter à un goût mondial, "continuons de produire des vins typés". Un message d'optimisme à l'image d'un viticulteur dynamique.

Claude Muller
Est Agricole Viticole du 24 Octobre 2008

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