Acces Membres
E-mail :
Mot de passe :

La gloire du Finkenberg

 02_02_CAVE_H_RING_015Redim.jpg
Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

Gabrielle et Gérard Neumeyer à Molsheim

A Molsheim, l’immense vaisseau de l’église des jésuites semble littéralement écraser la vieille ville qui l’enserre pour conduire les fidèles vers le ciel. A quelques centaines de mètres de là, une butte, célèbre et célébrée depuis toujours, promet le paradis aux épicuriens. Evocation du Finkenberg et d’un vigneron de talent qui y œuvre de nos jours.

Le verrou de la vallée de la Bruche est mentionné par un médecin, François Ignace Rœttel qui consacre sa thèse aux vignobles du lieu, en 1770. Qu’écrit-il ? “Cette vallée abonde en vignes et procure chaque année une grande quantité. Ce vin constitue beaucoup à conserver la santé des habitants, mais en plus attire chaque jour des marchands étrangers, qui contribuent à augmenter la fortune des habitants du lieu.” Rœttel cite les trois vignobles connus et reconnus de l’endroit : “Die Felsen, où l’expérience a permis d’obtenir un vin d’assez bonne qualité ; à ses pieds coule le lit plein de la Bruche. Cette colline abonde en diverses variétés de vignes, bien échauffées par le soleil du sud. Le Steinweg, planté de n’importe quelle variété de vignes, s’étend davantage vers le nord. Le Finkenberg, connu aussi bien pour la qualité du lieu que par le cépage assez noble ici seulement cultivé, lequel profite des rayons du soleil durant toute la journée.”
L’ingénieur militaire de Gramont-Villemonté parcourt la région quasiment au même moment, en 1783. Ce qui l’intéresse, c’est le mur, le muret, la muraille pour préparer la guerre. Il ne peut s’empêcher de consigner, au milieu de ses notes stratégiques, ces propos : “La montagne de Molsheim, composée du Forsberg et de l’Eselsberg, est fort élevée au-dessus de la plaine et coupée transversalement par le ravin de Soultz. Les revers du côté du sud et de l’est sont tous plantés en vignes qui produisent un très bon vin. Celui que l’on recueille aux environs de Finkenhoff est l’un des plus renommés de l’Alsace. Le sommet de cette montagne est couvert de pâturages arides.” L’observateur venu de vieille France ajoute : “Une partie du pays arrosé par les eaux de la Mossig présente deux vallons assez larges dont toute la surface est cultivée en grains, vignes ou prairies.”
En 1829, le maire de Molsheim signale un accroissement de superficie viticole sur son ban : “Les plantations qui ont été faites depuis 1789 jusqu’à ce jour l’ont été au bas des côtes, c’est-à-dire en plaine. La vigne y produit beaucoup plus là-bas que sur la montagne. On a changé la qualité des plants. L’espèce de raisins nommée hinsch a été entièrement abandonnée, par rapport à sa mauvaise qualité et son petit produit. On a beaucoup arraché de l’espèce dite d’Offenbourg de très mauvaise qualité et de celle dite rheinelb qui, à la vérité, donne un bon vin ordinaire, mais ne produit pas souvent en abondance. Ces trois espèces ont été remplacées très avantageusement par le riesling, le grau-klebner et le oberlaender. Les deux premières espèces donnent un vin excellent. La culture de la vigne est mieux soignée qu’avant, les terres de prairies et les engrais en augmentent le produit.” En 1828, le ban de Molsheim possède 222 ha de vignes, de même qu’en 1898, 29e superficie par ordre d’importance d’Alsace. Comme le Rangen à Thann, le Finkenberg se retrouve quasi à l’abandon, il y a une quarantaine d’années.


Aux origines d’une exploitation viticole
Enjambons allégrement un siècle. Xavier Neumeyer (1890 - 1974), originaire de Herbsheim dans le Ried, s’installe à Molsheim vers 1910. Il débute sa vie professionnelle en vendant des cigares, puis décide, comme tant d’autres personnes de la région, de travailler chez Bugatti. Comme tant d’autres encore, il monte, à ses heures de loisir, un train de culture avec son épouse Joséphine Ringwald (1890 - 1962). Cet homme de caractère finit par se mettre à son compte, ayant suffisamment acquis de terres labourables et de vignes alors délaissées, dans le Stiehrhopf aujourd’hui bâti. Les deux à trois hectares de vignes lui permettent alors d’obtenir son propre vin. Il n’y a, à cette époque, que très peu de commerce et les transactions paraissent assez limitées.
Le fils de Xavier et de Joséphine, Lucien Neumeyer, né en 1925, est un bon élève. Il obtient son certificat d’études primaires au moment où éclate la guerre, qu’il connaît en tant que très jeune incorporé de force. Sa voie est tracée. Dès son retour en Alsace, il œuvre dans l’entreprise familiale, débutant avec les trois Atomwin 1945, 1947 et 1949. Il prend l’option de la viticulture, un peu par défaut, car la terre peu fertile de Molsheim n’autorise pas des rendements mirobolants. Malgré la mévente (certains vignerons n’écoulaient parfois pas de vin dans l’année), Lucien Neumeyer s’accroche.
Il livre d’abord ses vins à la Coop de Strasbourg, dont la cave de conditionnement se trouvait à Molsheim, et décide de se lancer dans la mise en bouteilles au début des années soixante lors d’une nouvelle période de difficultés viticoles. Il s’agit alors de valoriser le produit. Comme il n’existe pas à cette époque de tradition de vente directe, Lucien Neumeyer et son épouse Charlotte Klumpp, née en 1932, doivent se constituer une clientèle locale. Parallèlement, le couple abandonne peu à peu les terres labourables pour les remplacer par des terres viticoles. L’époque est encore aux travaux durs : labour avec le cheval, piochage à la main. Les débuts de la mécanisation permettent des conditions de travail moins fatigantes.


Du Finkenberg à la montagne des pinsons
La troisième génération est représentée par Gérard Neumeyer, né en 1954, lequel épouse, en 1979, Gabrielle Meyer, née en 1956. Après ses études à Beaune, Gérard Neumeyer s’installe sur l’exploitation en 1976, une installation accélérée par le décès inopiné de sa mère. Il débute dans le métier avec une année merveilleuse qui lui fait croire, boutade bien entendue, que “cela ne sera pas trop difficile”. Le réfractomètre indique alors des degrés très élevés. Le jeune homme rêve d’obtenir des raisins les plus mûrs possible, pensant que si la récolte ne titrait pas plus de 100°, elle serait ratée. Une idée sur laquelle il est revenu au bout de trente ans d’expérience, privilégiant désormais la finesse.
L’engagement dans la viticulture va de pair avec la construction d’une nouvelle cave et d’une maison d’habitation, hors des murs de la vieille ville, en 1977 et 1981. En 1995, un caveau, destiné à l’accueil, propose désormais un espace à la dégustation, à l’image des vins et du couple : tout en finesse et tout en lumière. Les Neumeyer exploitent de nos jours 16 ha de vignes. Chaque année, ils agrandissent régulièrement leur domaine, en fonction des opportunités qui se présentent. Leurs vignes sont dispersées sur les trois bans d’Avolsheim, de Molsheim et de Mutzig. Le fleuron reste évidemment les 3,5 ha du grand cru Bruderthal. Mais les Neumeyer commercialisent aussi un riesling provenant de leurs 58 ares Finkenberg, traduit pour des raisons commerciales en “pinson”.
Une grande partie de la production est vendue en bouteilles, en vente directe au caveau, en expédition, en salons, auprès de cavistes et de restaurateurs, le reste en vrac. L’exportation représente 25 %, essentiellement en Hollande, au Danemark, en Italie, en Belgique, en Angleterre, aux Etats-Unis, au Canada et… à Madagascar. Si Gabrielle s’occupe plus de l’administration, de l’accueil et de la vente, Gérard soigne les vignes - il est adhérent de Tyflo - et la vinification, où son perfectionnisme fait merveille.


Claude Muller Est agricole et viticole n°32 Vendredi 10 août 2007


Charge administrative
Au terme de notre entretien, amené à s’exprimer sur la situation actuelle du vignoble alsacien, Gérard Neumeyer estime qu’on se trouve actuellement à la fin d’un cycle. Le vigneron constate qu’autour de lui certains de ses confrères renoncent à mettre leur vin en bouteilles, préférant fournir des raisins, par suite des contraintes de plus en plus grandes. Il se dit aussi sensible aux contraintes administratives et réglementaires qui s’additionnent. Alors que la profession était, il y a quelques années, mise en avant, elle est désormais mise à l’index ou en accusation. Le trop-plein de réglementation connaît aussi un apogée. “On tombe dans l’excès”, dit-il doucement. Ces réserves posées, le viticulteur - de talent - n’en reste pas moins optimiste : “Il y a toujours une place pour des vins à forte identité.” Pour conclure, citons le jugement du critique de la Revue des vins de France, auquel nous souscrivons bien volontiers : “L’entreprenant Gérard Neumeyer continue de tracer depuis des années son sillon avec le même sérieux en produisant des vins sincères, propres, à la personnalité discrète, dans l’esprit de ce secteur moins connu de l’Alsace. L’orgueil de la maison est le grand cru Bruderthal.” Ajoutons-y le Finkenberg.

News
Extraits de notre magazine "Vigneron d'Alsace(s)"

Les crémants d'Alsace
la suite

Dossier Millésimes
la suite
Vignerons indépendants
de France


Site partenaire

Création du site Internet : SOLUXA

Haut de page
Facebook Widget