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La permanence vinique d’Ingersheim

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

Domaine Fleith-Eschard
La permanence vinique d’Ingersheim

Que serait Ingersheim sans son vignoble ? Les vignes sont attestées ici de manière permanente depuis le Moyen Age et les entreprises viticoles assurant le renom de la localité sont légion. Présentons aujourd’hui le domaine Fleith-Eschard.

Puisons d’abord dans le trésor historiographique viticole de la petite cité patiemment entassé par Maurice Boesch. Le 28 septembre 1784, François Bich, bailli de la seigneurie de Hohenlandsberg se transporte à Ingersheim, accompagné du procureur fiscal et du greffier, pour y procéder à la taille seigneuriale en vin. Les élus se présentent à lui et lui disent que “la vendange qu’ils viennent de faire était la moindre du siècle, si vrai que le décimateur n’a pas fait préparer les pressoirs de la dîme.” Les préposés proposent au fermier de se contenter de huit mesures du bon vin vieux qui pourraient valoir au moins douze de nouveau, “offres d’autant plus raisonnables qu’elles sont proportionnées à la quotité qu’a prévue ledit fermier en 1767, année de manque, mais encore beaucoup moins mauvaise que la présente.” Le domaine n’indique pas la décision du seigneur.

Les bribes de Baradé
Continuons d’avancer dans le temps. Relevons les bribes distillées dans son journal par François Joseph Baradé (1755-1812), boulanger. Sa remarque pour 1793 est précieuse, car l’année de la Terreur ne suscite guère, en général, de commentaire vinique : “Cette année l’été a été particulièrement sec. Du 2 mai au 2 juin la pluie n’a pas souvent mouillé à plus d’un pouce de profondeur. Il y eut peu de verdure qui fait la fenaison, la moisson et le regain. La vendange a été rentrée sans pluie. Le 2 juin, il a gelé au point qu’on pensait que les vignes de plaine ne rejetteraient plus. Cette année j’ai fait sept mesures de vin.” Signalons que la mention du gel du 2 juin 1793 figure aussi dans la chronique de l’abbé rouffachois Vogelgsang.
Plus anecdotique paraît être la mention de 1794 : “J’ai fait neuf mesures et demie de vin. Les vignes n’ont pas gelé en hiver, mais il y eut une gelée blanche lors de la floraison.” Même insignifiance en 1799 : “J’ai fait quinze mesures de vin sur cinq schatz de vignes, c’était un petit vin acide. Le 14 décembre, j’ai vendu mes vignes et avec ce qu’en j’en ai retiré, j’ai construit une petite maison.”

L’émergence des Fleith
Parmi les habitants de vieille souche d’Ingersheim, citons les Fleith. En 1661, Antoine Fleith, sergent communal, touche sept pots de vin pour avoir pioché une vigne entre le 21 avril et le 24 juin. Le même perçoit aussi 18 sous 21 deniers cette année pour la taille, le piochage, la plantation des échalons, le liage, le labourage, ainsi que la fourniture de l’osier.
Enjambons allégrement trois siècles et une dizaine de générations de Fleith. René Fleith et son épouse Nicole Eschard décident, en 1974, de renoncer à leur statut de coopérateurs. Après avoir vendu deux récoltes au négoce, ils se mettent à leur compte en vinifiant la totalité de leur récolte à partir de 1977. Débutent des temps héroïques. Travailler leurs 6,30 ha avec déjà quelques principes : peu de désherbants, plantation de seigle, enherbement une rangée sur deux. Il faut bien sûr tout créer ex nihilo en 1978 : cave et cuverie, caveau. Peu de temps pour le commerce, sans trop de soucis cependant. C’est encore le temps de la clientèle de passage qui achète facilement plusieurs cartons de vin, d’autant plus que des récompenses attestent de la qualité des produits : au concours général, première médaille de bronze en 1978 pour un pinot blanc et médaille d’or en 1980 pour un gewurztraminer.
fleith.jpgRené Fleith voit bientôt venir, dans l’entreprise familiale, son fils Vincent, né en 1972. Après s’être formé à Rouffach et perfectionné à l’étranger (Californie, Australie, Tasmanie), il travaille dans un premier temps en tandem avec son père, puis vole de ses propres ailes à partir de 1996. L’exploitation compte alors 8,50 ha. Arrive enfin Brigitte, son épouse, originaire de Marseille. A force de ténacité et de savoir-faire, Vincent et Brigitte réussissent à développer l’exploitation.
Elle compte aujourd’hui 9,60 ha de vignes réparties sur cinq communes : 7 ha à Ingersheim sur la Harth et le Letzenberg, mais aussi à Katzenthal, Turckheim, Ammerschwihr et Sigolsheim. Le domaine produit bon an, mal an, 55 000 à 60 000 bouteilles, à l’exception notable de 2010. Relevons une particularité : un quart de la production s’exporte, notamment au Japon. Vincent Fleith insiste sur l’intérêt de cette filière. D’une part, voici des Japonais connaisseurs et exigeants ; d’autre part, ce sont des partenaires fidèles, respectant leurs engagements, notamment financiers.
Au bout de son évolution, Vincent Fleith a désormais réduit ses rendements à une cinquantaine d’hectolitres par hectare, afin de tirer la quintessence des terroirs qu’il exploite. Chaque année, il propose à la vente une trentaine de vins différents. Les bouteilles sont désormais habillées d’une nouvelle étiquette suggestive et évocatrice, comme la tulipe sauvage ou la marguerite. Mais c’est le contenu qui attire le plus l’attention. Le vigneron accumule désormais les critiques admiratives et les coups de cœur de multiples guides. La récompense dont il est actuellement le plus fier ? Une médaille d’or pour son pinot noir originaire du grand cru Furstentum, régulièrement cité par ailleurs.
Claude Muller

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