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Le domaine Lindenlaub à Dorlisheim

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

Christophe_LINDENLAUB_copie.jpgSouvenirs, et pas besoin de remonter au siècle passé. Voici moins de dix ans, on entendait encore par ci, par là, de bien peu inspirés praticiens estimer que ceux qui visaient l’étiquette AB sur leurs bouteilles n’étaient que d’opportunistes profiteurs de l’air du temps. Combien de fois n’ai-je entendu ricaner - et pas seulement sous cape - tel ou tel, moquant un confrère “passé au bio”. Sous-entendu, le pauvre idiot qui n’a rien compris.
O tempora, o mores, les choses ont changé et même si la viticulture biologique n’occupe encore qu’à peine plus de 10 % du vignoble alsacien, les regards ont changé et avec eux, les commentaires. Certes, les apprentis bio savent qu’on les attend au tournant et qu’ils ont intérêt à ne pas se tromper, mais qu’importe : même lorsque l’on est le premier d’un village à entreprendre sa conversion, la curiosité s’accompagne désormais de changements de comportements. “Je vois plusieurs collègues traiter avec des produits à base de plantes qu’ils font eux-mêmes. D’abord, parce que c’est moins cher, ensuite parce qu’ils ont bien vu que ça marche”, se réjouit Christophe Lindenlaub.

Sortir de l’engrenage

Le vigneron redit à qui veut l’entendre que toute sa démarche est parée d’humilité. Pas question de passer pour un donneur de leçons : “Découvrir la viticulture biologique, c’est redécouvrir ses vignes. Il faut être plus attentif, mieux observer, se poser des questions, bien connaître et comprendre chaque parcelle”, décrit-il. A l’appui du raisonnement, cet orage de juin où une belle pluie arrosait Dorlisheim - mais pas de quoi fouetter un chat - tandis qu’un déluge s’abattait sur le Stierkopf,  distant à vol d’oiseau de guère plus d’un kilomètre.
“Je crois que beaucoup de ceux qui utilisent les traitements chimiques pensent sincèrement bénéficier d’une sorte d’assurance face aux maladies et à la croissance de la vigne. Ils ont un calendrier avec des dates, des doses et mettent dans cette rigueur toute leur confiance. Or, on voit chaque année que leurs vignes sont aussi touchées par des maladies, les contraignant à repasser soit avec des doses supplémentaires, soit avec d’autres produits”, constate le vigneron. Ce qui représente un engrenage dont un nombre croissant de professionnels de la vigne souhaite s’extraire. Et pas seulement en pratiquant des “traitements raisonnés”, ce qui au passage suppose que les autres modes de traitement, effectués jusqu’alors, seraient déraisonnés.

Travail d’impressionniste
“Lors de la préparation d’une parcelle avant la replantation, j’ai pu constater l’efficacité de traitements qui m’avaient été recommandés par mes formateurs. Le sol est souple, c’est un vrai matelas ! La différence se voit à l’œil nu et n’importe lequel des collègues constate ce fait”, se réjouit-il. Tout en admettant aussi que la conversion en bio est un long chemin de tâtonnements. “C’est un travail à effectuer avec subtilité, en petites touches”, décrit-il. Un travail d’impressionniste, qui démarre sur une connaissance de soi-même qui sert de socle essentiel à cette quête. “On peut entamer sa conversion lorsque l’on se sent prêt soi-même à engager ce travail. Passer au bio, c’est à la fois un retour aux sources et un travail de découverte de nouvelles techniques voire de nouvelles technologies à même de nous faire entrer dans une connaissance différente des vignes et des vins.”
Cette curiosité de chaque instant s’est appuyée sur un domaine aux reins solides. C’était même l’un des soucis essentiels du vigneron : disposer d’une entreprise en bon état de marche avant de partir sur des chemins de conversion, sachant que la première personne à persuader du bien-fondé de l’idée était Jacques Lindenlaub, le père de Christophe. “Les choses n’ont pas été simples dès le début, mais il faut souligner que nous avions déjà réduit voire proscrit certains intrants depuis des années”, raconte le vigneron. “Quand on considère la viticulture biologique du point de vue des formations qui sont généralement dispensées, ou bien en se mettant à la place d’une personne qui en est éloignée, on redoute un très grand fossé à franchir. En fait, il est beaucoup moins important qu’imaginé”, analyse-t-il, persuadé qu’il ne faut pas repousser trop longtemps le fait de franchir le Rubicon.

La question de la typicité
En attendant que le label AB puisse être exposé en vitrine au domaine et, éventuellement, sur les bouteilles, Christophe Lindenlaub et sa famille s’en tiennent à leur logique : proposer “du plaisir” à leurs clients, alternant de sages cuvées traditionnelles, étiquetées à des prix non moins sages, et des cuvées plus turbulentes. A retenir, un auxerrois barrique 2008, très sec et et puissant, encore fort jeune ; ou encore le pinot noir barriques Stierkopf 2007, qui mérite toute l’attention combinée à une patience certaine. Sans oublier le crémant Oxymus, “une vinification particulière avec une touche boisée, basé sur du pinot blanc et de l’auxerrois, gras, ample et long”. Et les habitués du domaine savent que l’on y découvre régulièrement quelques trouvailles et cuvées où la famille Lindenlaub se retrouve, en clins d’œil chargés d’émotions, ou bien en douceurs toutes en finesse, façon “vins de minuit”.
En passant au bio, le vigneron entend bien confirmer la bonne image que lui témoigne sa clientèle, tout en poursuivant sur les chemins de l’amélioration de la qualité. “Il y a tant à découvrir encore”, reconnaît-il. Mais l’une ou l’autre réflexion glanées au hasard d’une conversation avec Christophe Lindenlaub démontrent l’intensité du chemin parcouru et de celui sur lequel le domaine est désormais engagé. Un exemple : relatant une rencontre avec l’un des vignerons bio les plus en pointe, le vigneron avouait son étonnement face à des vins superbes, mais paraissant peu typiques de l’Alsace. “Quelle est la typicité des alsaces ? Qui a décidé de leur style, de leur soi-disant typicité, imposée depuis deux ou trois décennies à peine ?”, répondait l’apôtre du respect de la terre et des plantes. Cette réponse a troublé Christophe Lindenlaub. Il est vrai qu’elle se trouve au cœur des débats qui orienteront l’avenir du vignoble.

Didier Bonnet

Pendant la quête, les affaires continuent

  • Conservation et gestion de la biodiversité, travail avec des conservatoires de diverses régions
  • Collection d’un ADN ancien sur un site archéologique en Charentes, le projet BioDiVine (projet européen Life + Biodiversité) conduit dans trois sites pilotes en France
  • Identification variétale par microsatellites dans le cadre du programme européen GrapeGen06, avec notamment un protocole d’extraction d’ADN avec des “FTA cards” (pour éviter le problème de quarantaine, on écrase le végétal sur une plaque)
  • Sélection clonale et diffusion du matériel végétal. Après la récolte et la vinification de 13 nouveaux clones et variétés en 2010, ce programme va se poursuivre
  • Evaluation du porte-greffe Nemadex Alain Bouquet qui résiste au court-noué, avant sa diffusion pour 2013
  • Dans le cadre du plan Ecophyto : production de matériel résistant aux principales maladies. Les premiers génotypes de l’Inra de Colmar seront plantés en 2011
  • Lutte contre les dépérissements de la vigne. Faisant suite à l’agrément de trois clones de syrah en 2010, il est prévu de travailler en 2011 sur des parcelles en place et de rechercher la cause réelle de cette maladie.
  • Et également, adaptation au changement climatique, qui passe par le recensement de variétés étrangères et de nouvelles créations variétales.

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Extraits de notre magazine "Vigneron d'Alsace(s)"

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