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Le domaine du Bouxhof

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

Jean-Michel Edel à Mittelwihr
Le domaine du Bouxhof
Quand, de Mittelwihr, vous prenez la petite route qui, en montant, va vers le Piémont, vous apercevez, un peu à l’écart, les bâtiments du Buchshof ou Bouxhof, littéralement noyés par la vigne. Le regard se tourne vers Mittelwihr en bas, vers la colline de Zellenberg, les trois châteaux de Ribeauvillé et le Haut-Koenigsbourg au septentrion. Au sud le lieu-dit Bouxberg ou montagne de Sigolsheim.

Evoquer l’histoire du Bouxhof nous oblige à une plongée vertigineuse en apnée dans le XIIe siècle. En 1138, Ulric fonde l’abbaye cistercienne de Pairis au fond du Val d’Orbey et la dote richement. Trente ans plus tard, un ecclésiastique, Ulrich d’Eschenbach, fait donation à cette abbaye d’une propriété au "Crotinge" qui devient plus tard "Schröting", possession confirmée par les papes Lucius III en 1185 et Innocent III en 1209, avec l’apparition du nom de Buchshof. La présence explicite de vignes date de 1242. En 1252, une femme donne à Pairis, pour deux champs, un cens de deux mesures de vin. Mentionnons surtout l’urbaire de Pairis, dressé vers 1320, lequel indique le Buchshof et des pièces de vignes au "Pfeller", au "Scroting", au "Robelin" et au "Swenckel under dem hove ze buchs".

Les splendeurs médiévales
A ce moment, un grand domaine s’est constitué avec des bâtiments, des champs, prés et vignes et un bois, ban spécial considérable lequel comprend un tiers environ de la banlieue actuelle de Mittelwihr. Le Buchshof devient le centre des propriétés que l’abbaye de Pairis détient dans le secteur, à Riquewihr, Zellenberg, Beblenheim, Mittelwihr, Bennwihr, Ammerschwihr. C’est là que se transportent les cens annuels, la plupart en nature, blé, poules, vin, à la Saint-Martin, soit le 11 novembre.
L’abbé de Pairis nomme un "procurator", intendant ou économe, pour gérer cette propriété.
Selon les époques, l’intendant est un moine ou un laïc. La plus grande partie des biens est louée à des particuliers, surtout de Mittelwihr, contre un cens annuel payé en nature. Un document de 1379 énumère quarante acres de vignes au "Schröting" et au "Pfeller", donnés en location pour 77 mesures de vin et huit chapons.
Bientôt les bâtiments sont agrandis en 1464. Une chapelle est mentionnée en 1474. En 1484, le noble Hans von Huse prétend à un cens d’un foudre soit dix hectolitres de vin rouge sur le Buchshof, mais il est débouté. Détail intéressant, car rappelant la permanence de la production de vin rouge en Alsace à travers les âges.

Guerre et paix à l’époque moderne
Le 23 avril 1525, deux cents à trois cents paysans révoltés de Mittelwihr, Riquewihr, Sigolsheim pénètrent dans l’enclos, chassent le moine économe, saccagent la chapelle, jettent les statues des Saints à terre, cassent les vitres, démolissent les toitures, pénètrent dans la cuisine et la cave, mangent et boivent tout ce qu’ils trouvent. A leur départ, ils emmènent la literie, les meubles et foule d’objets. Bientôt la Réforme est introduite à Mittelwihr, sans affecter le Buchshof.
La reprise en main de la situation par l’abbaye explique les renouvellements des biens de 1527 et 1559, qui nomment sept acres de vignes au Boosberg fournissant un cens de 24 mesures. En 1565, ils sont donnés en location pour le cens d’un foudre et deux mesures. Les locataires doivent mettre dans chaque acre 400 pieux et creuser 40 Gruben, y transporter 40 chariots de fumier ou de terre selon un texte de 1544. En 1597, une vigne du Bouxhof est louée pour quatre mesures de vin blanc qui doivent être livrées dans la cave de l’abbaye à Kaysersberg.
Les vignes au "Giesübel" fournissent un cens de six mesures de vin blanc en 1624. Un registre des vendanges indique les dépenses pour les vendangeurs (viande, fromage de Munster) et les quantités de vin. Dans le grand tonneau se trouvent quatre foudres et 13 mesures de vin. En 1648, l’abbé de Pairis, Bernardin Buchinger, fait procéder à un renouvellement des biens. Il conclut un bail pour neuf ans avec David Schmid. Le locataire jouit de la maison, met en culture les huit vignes du domaine, assume tous les travaux (beschneiden, stücken, anbinden, niderziehen, hacken, riehren, heften, erbrechen, 400 Pfäl und Gruben ersetzen), plante des vignes de bons cépages nobles, "Kleffner, rotes oder muscateller und keinen andern stock". En outre Schmid doit donner des soins à trois autres acres de vignes, les nettoyer, enlever les ronces et les buissons.
Une liste des vins en cave du "bosskeller" de 1739 énumère plusieurs grands tonneaux pleins dans la grande cave. L’un deux renferme 40 mesures de Kleffner de 1737, un autre 20 mesures de vin rouge de 1737, un troisième 33 mesures de vin rouge de 1738. Dans la cave moyenne se trouvent plusieurs grands tonneaux de 120 mesures chacun avec du vin vieux de 1736 et de 1737, provenant des cens. Dans la cave arrière, il y a encore plusieurs tonneaux, dont l’un contient 40 mesures de Kleffner de 1738. Le même cahier énumère les dépenses de l’économe pour les vendanges, le salaire payé à Bernard Grieser pour transvaser les vins et celui de Martin Edel "pour charriage de nouvelles plantes pour la vigne de Boux". Plus de 650 mesures de vin, soit près de 350 hectolitres se trouvent alors dans les caves. En 1756, le domaine comprend entre 70 et 80 hectares, où la vigne ne constitue pas la seule ressource, voisinant avec les prairies, les terres labourables et les bois.

Le domaine de nos jours
Après la Révolution française, le Bouxhof sert avant tout, comme auparavant, à l’exploitation viticole. Le 30 avril 1925, Emile Edel (1866-1958), originaire de Mittelwihr, et son épouse
Julie Engel (1867-1943), originaire de Riquewihr, acquièrent le domaine composé "de douze parcelles formant le Bouxhof, le tout d’une contenance de 73 ares" pour 32 000 francs. Avec leurs sept enfants, cinq fils et deux filles, le couple développe peu à peu l’exploitation.
L’ainé de la fratrie, Emile Edel (1895-1969) s’associe avec son frère cadet Hilaire Edel (1902-1987) comme viticulteur-négociant au Bouxhof. Un de leurs neveux, François Edel, né en 1932, reprend la succession. Le fils de François, Jean-Michel Edel, né en 1961, époux de Gillian Buckett est le quatrième de la génération à poursuivre l’aventure. Le domaine comprend actuellement 8 hectares en propriété et propose, entre autres, du grand cru Mandelberg et Marckrain. Grâce à une politique de présence aux salons (une dizaine en 2008), et d’un accueil régulier au caveau de dégustation, au 44 route du Vin à Bennwihr, Jean-Michel Edel écoule sa production auprès d’une clientèle particulière, à la fois fidélisée et renouvelée. L’aménagement de la magnifique bâtisse en chambres d’hôte fournit un appoint non négligeable à l’exploitation.
Claude Muller
Est Agricole et Viticole du 31 juillet 2009

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