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Les Zoeller, une famille de vignerons

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

“Le vin de Wolxheim est renommé. Il est sain et bienfaisant et quand il est vieux, on peut l’assimiler au vin du Rhin” déclare, avec enthousiasme plus qu’emphase, l’abbé Philippe André Grandidier en 1784. Bien des générations de vignerons ont contribué à la réputation du vignoble local. Intéressons-nous aujourd’hui à une vieille dynastie indigène, les Zoeller.

Le village de Wolxheim, à proximité de Molsheim, s’étend entre la colline du Horn qui le protège des vents du nord et les prairies qui bordent le cours de la Bruche. Les vignes, omniprésentes, s’élancent du grand cru de l’Altenberg au Silberberg, en une succession de vallonnements… depuis toujours.


Un vignoble renommé
Le finage, d’abord terre royale dépendant du domaine royal de Kirchheim, se morcelle progressivement sous forme de donations à des fondations religieuses. Wolxheim apparaît ainsi dans une charte de 742. D’autres documents se révèlent des faux fabriqués au XIIe siècle par l’abbaye Saint-Etienne de Strasbourg qui souhaitait, par ces actes, prouver l’authenticité de ses propriétés, donc de ses vignes. Les premiers propriétaires connus de vignobles dans le ban de la localité s’avèrent, là encore, des fondations religieuses : l’abbaye de Saint-Gorgon (1188), les Dominicains de Strasbourg (1297), l’abbaye de Neubourg (1320), le chapitre Saint-Thomas de Strasbourg (1330). Nous croira-t-on si nous rappelons que la dîme du curé de Wolxheim s’élève au XVe siècle à une centaine d’hectolitres de vin !
Poursuivons avec cette anecdote. L’un des exemples les plus célèbres, dans l’historiographie alsacienne, d’une vente à des marchands de Nuremberg est la transaction, réalisée le jeudi 29 juin 1594, par Sébald Buheler, bourgeois et peintre à Strasbourg. Il vend du vin, de Wolxheim, il date de 1590. Acheté 25 gulden l’année même, il part pour 120 gulden, soit cinq fois le prix d’achat ! Est-il meilleure preuve de spécialisation et de la qualité des vins nommés ?
Continuons encore avec l’activité de Jean-Louis Dutruc (1670-1749), originaire de Molsheim par sa mère, fils d’un professeur de français, chanoine à Saint-Pierre-le-Vieux de Strasbourg de 1688 à sa mort. Entre 1722 et 1730, il procède à une douzaine d’acquisitions, essentiellement des vignes, à l’occasion un champ, un pré, des bâtiments, le tout à Wolxheim. Sa grande affaire reste l’achat d’une propriété de l’abbaye de Neuviller, bâtiments avec pressoir, une dizaine de vignes, un pré. Mais c’est surtout avec les vignerons locaux que traite notre ecclésiastique. Ses acquisitions portent en général sur une ou deux parcelles, exceptionnellement sur cinq ou six. De manière significative, il achète à l’occasion des terres contiguës à ses biens et procède à l’un ou l’autre échange. Ainsi troque-t-il un champ récemment acquis à Altbronn contre une vigne à Wolxheim.
Terminons ce survol historique par l’intérêt de Philippe de Cointoux, prêteur royal de Haguenau, pour les vins du lieu. Un de ses émissaires lui écrit le 9 octobre 1781 : “Je viens en ce moment de Wolxheim où je me suis entre-parlé (sic) avec le curé au sujet de l’emplette en vin que vous désirez faire. Le prix actuel en est de 5 jusqu’à 6 livres la mesure et celui du riesling de 7 à 8 livres. Nous trouvons ce dernier cher à proportion du premier… Quant au riesling, le curé veut m’en donner dix mesures de son cru à 7 livres que j’ai tout de suite arrêté. Le curé m’a promis de faire tout son possible pour vous procurer du meilleur vin de l’endroit. La vendange est bien modique, mais la qualité en est très bonne. Tout le monde assure qu’elle égale entièrement celle de 1753”, le millésime du siècle.


Maison_Zoeller_copie.jpgUne vieille famille de vignerons
La famille est attestée, ici, depuis 1600. Le vieux pressoir, à l’entrée de la propriété remonte au début du XVIIIe siècle, identique à son clone subtilien de Colmar. La dizaine de tonneaux ronds, d’une contenance de 19 à 58 hl, alignés sagement dans la cave, nous amène au milieu du XIXe siècle.
Insistons sur les quatre dernières générations. En 1900, comme l’attestent les étiquettes apposées sur les tonneaux, Florent Zoeller (1842-1919) vend sa production à une clientèle particulière. Son fils, Joseph Zoeller (1878-1947), pratique la mise en bouteilles avant la Seconde Guerre mondiale (exerçant conjointement le métier de courtier de vins). La mémoire familiale a retenu la démarche d’Auguste-François Zoeller (1880-1962), son frère, lequel pour ne pas devoir s’enrôler dans l’armée allemande durant le premier conflit mondial, s’est embarqué pour New York, où il devait décéder.
Le fils de Joseph, Marcel Zoeller (1910-1982), époux de Marie Herzog (1910-1962), continue la mise en bouteilles et la vente en direct. Depuis les années 1945, il retarde les vendanges au maximum pour favoriser la maturation des raisins, suivi dans cette voie par son fils Auguste Zoeller, né en 1940, époux de Cécile Ringeisen, née en 1943.
Lorsqu’il débute le métier, Auguste Zoeller exploite 4 à 5 hectares. Consciencieux, il aime le travail bien fait dans les vignes et prend plaisir à soigner ses ceps. Il se souvient particulièrement de 1965, mauvais millésime s’il en est. La récolte débute un 27 octobre. Mais les 4 et 5 novembre, la neige s’invite et interrompt les travaux. Finalement, les vendanges s’achèvent le 24 novembre. Ces dernières années, le retard ne se justifie plus, vu la maturation plus précoce des baies. Les Zoeller s’alignent désormais sur les dates officielles.


Famille_Zoeller_copie.jpgLe dernier du clan : Mathieu Zoeller
Depuis une douzaine d’années, désormais, Mathieu Zoeller, né en 1973, œuvre avec ses parents, devenant progressivement le chef d’exploitation. La répartition des tâches à l’intérieur de la famille reste classique : Cécile, la maman, s’occupe toujours avec zèle et diligence de l’accueil au caveau, secondée depuis 2005 par Christèle Moebs, l’épouse de Mathieu. Auguste, officiellement à la retraite, continue de choyer son vignoble. Mathieu, après ses études à Rouffach, s’occupe de la vinification et des travaux motorisés. Il est depuis peu président du syndicat viticole local.
La superficie de l’exploitation atteint désormais 10 ha, dont le fleuron s’impose indiscutablement : le grand cru Altenberg, un vin à l’acidité jamais mordante, avec au nez de l’anis et des fleurs blanches virant avec les années au pamplemousse et aux agrumes. Ce n’est qu’après quatre à cinq ans qu’il commence à s’affirmer, car il a besoin de temps pour atteindre sa plénitude. L’encépagement du domaine privilégié évidemment le riesling (40 %), loin devant le gewurztraminer (15 %), le pinot gris (12 %), le pinot blanc (2 %), etc.
Mathieu Zoeller, adepte d’une viticulture raisonnée, adhérant à l’association Tyflo, aime multiplier les expériences et retenir celles qui lui paraissent satisfaisantes, comme l’usage des engrais verts et certains types de labour.
Encore jeune chef d’entreprise, il admet prêter la même attention à un client de 20 ans qu’à un client plus âgé, au pouvoir d’achat supérieur. Pour lui, le vin doit rester une boisson populaire, vendu dans une fourchette de prix raisonnable. Mathieu Zoeller regrette la diabolisation actuelle du vin et la disparition, dans les mentalités, du facteur positif de ce breuvage. Mais l’homme n’est pas pessimiste, préférant terminer l’entretien sur une note positive avec l’anecdote suivante. Ayant agrandi sa cave en 2003, il trouve une trentaine de ses propres bouteilles de riesling 1976. Il en goûte une en 2004. Un régal !

Claude Muller Est Agricole et Viticole du 03 août 2007

90 % des ventes à des particuliers

Les 50 000 bouteilles produites bon an, mal an par la famille Zoeller, s’écoulent à 90 % auprès de particuliers en France, essentiellement en région parisienne et en Bretagne. Pour promouvoir leur produit, les Zoeller participent aux salons des vignerons indépendants de Lille et de Paris.
Ce qui leur permet de renouveler régulièrement leur clientèle pourtant fidèle. La qualité de leur vin, répandue de bouche à oreille, se trouve confirmée par les mentions élogieuses du Guide Hachette ou de la Revue des vins de France. Les 10 % de la production restante s’écoulent auprès de la restauration, des cavistes et d’une grande surface. Une bouteille sur cinq quitte les frontières hexagonales pour l’Allemagne et la Belgique.

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