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Maison Martin Jund Le paradoxe colmarien

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

COLMARJUND_copie.jpg Historiographiquement parlant, les Jund sont connus pour la célèbre citation de 1630, issue de la chronique de la douane de Colmar : “Au mois de septembre, Martin Jund, vigneron, a découvert, dans sa vigne de Wettolsheim, une grappe de raisin qui avait la longueur d’une aune moins un quart. Une partie du raisin était déjà mûre, tandis que l’autre partie était encore en fleurs.”
L’anecdote vaut évidemment pour la singularité observée. Elle rappelle aussi une notion générale de l’époque médiévale qui perdure à l’époque moderne. Tout autour de la ville, enserrée dans ses remparts, se disposent de manière concentrique, et parfois en amphithéâtre si le relief s’y prête, les champs et les vignes accessibles à pied, le temps d’un aller-retour dans la journée. Il est donc évident que les Colmariens cultivent des vignes, tant à Wettolsheim qu’à Wintzenheim ou à Turckheim. Les Jund, originaires d’Autriche, arrivés en Alsace au début du XVIe siècle, ne dérogent pas à cette règle.

Aux origines du domaine
L’exploitation, dont nous rendons compte aujourd’hui, s’est spécialisée dans la viticulture avec Martin Jund (1830-1914) et son épouse née Wœlfflé. Leur fils Martin Jund (1862-1938) et son épouse, née Sitler, reprennent l’exploitation familiale, vendant toutefois les parcelles de Wettolsheim, Wintzenheim, Eguisheim et Rouffach, trop éloignées.
Après un quart de siècle passé au Maroc, principalement dans le maraîchage, Martin Jund (1888-1973) et son épouse, née Kopp, reprennent l’exploitation du vignoble familial alsacien en 1948, et rachètent de nombreuses parcelles sur la Hardt de Colmar qu’ils réussissent à grouper en quatre gros lots d’une superficie totale de 7 hectares.
La Hardt, vignoble de plaine, dans le cône de déjection de la Fecht, permet évidemment un travail moins pénible que les parcelles de coteaux. Elle jouit déjà d’un prestige certain aux dires d’Ernest Schlumberger en 1936 : “De temps immémorial, les coteaux et les terres touchant directement la montagne ont produit les meilleurs vins, le vin typique d’Alsace… Une exception peut exister pour le grand ban de sable dénommé la Hardt de Colmar, où nous trouvons effectivement des vins qui, tout en étant produits en plaine, ont un caractère typique ne s’éloignant guère de ceux des bas coteaux.” Ajoutons que les vins typés ont comme spécificité leur précocité et une expression assez particulière du terroir. Martin Jund vend alors son raisin à la maison Preiss-Henny de Mittelwihr.
Au décès de Martin Jund en 1973, sa fille Annie Jund, née en 1924, séparée de son époux Jean-Pierre Ducros, né en 1924, reprend le domaine. Chef d’exploitation de 1973 à 1980, elle pérennise le vignoble et opte en 1970 pour la mise en bouteilles, dans la maison familiale, rue de l’Ange, une des premières à arborer ses beaux colombages, au moment où tombent les crépissages, honteux du particularisme de l’habitat local.

Le domaine à l’heure actuelle
Depuis 1980, André Ducros, né en 1956, le fils d’Annie Jund, et son épouse Myriam Wolfersperger, née en 1956, originaire de Michebach près de Cernay, ont repris l’exploitation. Tous deux, titulaires d’un BTAG obtenu à Rouffach, travaillent actuellement 8 ha, les 7 ha colmariens, auxquels s’ajoutent 1 ha loué à Riquewihr en 2005.
L’exploitation, située en plein cœur de Colmar, où se trouvent la cuverie, le stockage et le caveau de vente, se double d’une activité de chambres à louer, une activité pas si annexe, puisqu’elle représente environ un tiers du revenu, l’activité viticole constituant les deux autres tiers. Les Jund vendent bon an, mal an environ 50 000 bouteilles, le reste partant en vrac. Le tourisme local, extrêmement développé, permet un écoulement par ses différentes manifestations (foire aux vins, Noëlies), sans qu’il soit nécessaire de participer à de multiples salons. Le domaine, en viticulture biologique depuis 1997, vend ses produits à 80 % aux particuliers, 10 % aux comités d’entreprise et 10 % aux cavistes. L’encépagement est le suivant : 50 % de gewurztraminer, 30 % de riesling, 10 % en pinot blanc, 5 % en muscat, 3 % en pinot gris et 2 % en sylvaner.
L’exploitation va connaître, dans les prochaines années, une nouvelle dynamique, avec l’installation à venir de deux enfants : Cécile Ducros, née en 1981, pour le commerce et Sébastien Ducros, né en 1979, pour la production. Le benjamen de la fratrie, Martin Ducros, né en 1984, titulaire d’un BTS viti-œno, travaille actuellement dans d’autres exploitations, mais envisage également dans les deux ou trois ans de venir s’installer en Alsace. Le père, André Ducros, président du syndicat viticole local depuis 2004, en manifeste, à juste titre, une fierté légitime, même s’il se projette dans l’avenir : il faudra s’agrandir en superficie et augmenter les ventes en bouteilles.
Terminons cette présentation en explicitant le titre. Colmar présente de nos jours un double paradoxe. Le premier est l’existence intra muros de vignerons (cinq metteurs en bouteilles) dans des endroits improbables, héritages du passé (Colmar dispose de l’un des plus gros bans viticoles de la région). Le second est lié au déficit de notoriété des vins de la Harth, du moins à l’heure actuelle alors que l’histoire nous apprend le contraire. A quand l’appellation intermédiaire, rappelant le prestige de la Hardt ?

Claude Muller

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Extraits de notre magazine "Vigneron d'Alsace(s)"

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