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Quand l’Alsace découvre l’oïdium… au XIXe siècle

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Entrez dans l'intimité des caves, découvrez le quotidien du vigneron, comment il travaille sa vigne et produit son vin. N'hésitez plus ensuite à lui rendre visite.

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Quand l’Alsace découvre l’oïdium… au XIXe siècle
Si 2003 restera dans les mémoires comme l’année de la canicule,
2004 sera-t-elle l’année de l’oïdium ? Le problème est déjà ancien,
comme le démontrent plusieurs textes du milieu du XIXe siècle.
Retour sur un passé… déjà lointain pour d’aucuns.

Commençons par un ensemble de documents datant de 1853. Le 23 juin, le maire de Colmar s’adresse en ces termes au préfet du Haut-Rhin : “La maladie de la vigne, attribuée au développement d’un insecte de genre acarus, nommé oïdium tuckery, commence à se montrer sur un grand nombre de points de notre vignoble. On reconnaît facilement sa présence, en ce que les feuilles, au-dessus desquelles l’oïdium s’établit, se contractent sur elles-mêmes, se courbent et présentent sur leur surface concave inférieure une sorte de moisissure blanche formée par l’assemblage des acarus”.

Dès réception de cette missive, le préfet adresse une circulaire à tous les maires : “L’éclosion des œufs de l’acarus ayant lieu dans les premiers jours du mois de juillet, il suffit pour empêcher que le mal ne se déclare d’arracher les feuilles qui sont tâchées, de les réunir et de les brûler”.

En septembre 1853, le ministre de l’Agriculture demande au préfet du Haut-Rhin si la situation s’est améliorée ou si elle a empiré. Le préfet annonce que la maladie se développe. Un rapport du maire de Kaysersberg nous apprend l’évolution observée : “La maladie s’est montrée au mois d’août pour la première fois. On a généralement pensé que le temps humide et froid du printemps a exercé une influence sur l’apparition de la maladie qui a continué sans interruption, malgré le beau temps qui est survenu. Tous les organes de la plante ont été atteints presqu’en même temps. Les raisins et les feuilles se sont desséchés et sont tombés, les sarments se sont noircis. Tous les cépages ont été atteints indistinctement, sans qu’on puisse préciser que l’un ou l’autre ait le mieux résisté. Les vignes hautes comme les vignes basses ont été touchées. Aucun moyen n’a été employé pour lutter et pour combattre le mal, qui n’a toutefois atteint que des proportions insignifiantes”.

Peu d’oïdium en 1854
Comme le signale le sous-préfet d’Altkirch, le 29 novembre, “la maladie qui ne s’est montrée jusqu’ici que dans les cantons de Mulhouse et de Habsheim n’a attaqué que fort peu de vignes ; aussi le dommage qu’elle y a causé est-il à peu près insignifiant”. Dans le canton de Ferrette, le maire de Lucelle note que “sur les dix hectares implantés en vignes, la maladie ne s’y est pas encore montrée”.

Combattre l’oïdium
Comment les vignerons de l’époque combattent-ils cette maladie ? Citons ce long rapport du maire de Colmar le 2 février 1856 : “Le vignoble du département se trouve dans un état satisfaisant. L’oïdium n’a exercé ses ravages que partiellement et c’est principalement sur les treilles et les pieds isolés de jardins que cette maladie de la vigne s’est fait sentir. Ce qui provient de ce que les terres où sont plantées les treilles, ainsi que les pieds isolés, reçoivent une culture maraîchère qui est forcée par les engrais et les arrosages. L’excès d’humidité paraît être le seul motif de la naissance de cette maladie, qui n’est due qu’à des circonstances atmosphériques et qui s’éteindra lorsqu’elles disparaîtront”.

Le maire indique ensuite les traitements utilisés. “On a essayé trois remèdes contre l’oïdium. Le premier consistait à faire des incisions longitudinales à la tige près du collet, mais ce procédé n’a pas eu d’heureux résultats. Le deuxième procédé consistait à arroser avant le lever du soleil, avec une dissolution de sulfate de fer, les parties malades de la vigne. Mais ce procédé avait un inconvénient, puisqu’après cette opération il fallait procéder à un second arrosage à l’eau pure, pour empêcher la brûlure du parenchyme des feuilles, qui devenait inévitable, si on laissait le sulfate de fer sécher dessus”.

Surtout le fonctionnaire insiste sur le dernier traitement. “Le troisième remède, employé à combattre les ravages de cette maladie et qui est la sulfurisation (sic), a offert les plus heureux résultats. Ce procédé qui consiste à répandre, au moyen d’un soufflet, du soufre en poudre sur les feuilles et les grappes humides atteintes de l’oïdium a été, exceptionnellement mais avec beaucoup de succès, employé par nos horticulteurs qui tenaient à sauver des raisins de choix de leurs treilles”.

Un bilan en 1857
Terminons par un rapport du préfet du Bas-Rhin du 4 avril 1857. “Dans l’arrondissement de Saverne où l’on cultive très peu la vigne, la présence de l’oïdium n’y a pas été signalé… On a constaté la présence de l’oïdium dans les cantons d’Obernai et de Marckolsheim antérieurement à 1854. Dans l’arrondissement de Strasbourg, la maladie a fait son apparition vers la fin de juillet 1852”.

Puis le préfet s’attarde sur les remèdes employés. “Pour combattre le fléau, on a employé l’hydrosulfate grison, l’eau de lessive et l’eau de savon. L’hydrosulfate grison empêche, il est vrai, les progrès de la maladie, la fait disparaître même momentanément, mais au bout de dix à douze jours, elle reparait. Il faut donc renouveler l’opération chaque fois que le mal revient. Outre cet inconvénient, l’hydrosulfate grison avait encore celui d’arrêter la végétation ou de brûler les jeunes feuilles et les bourgeons”.
“L’eau de lessive ou de savon a donné des résultats encore moins satisfaisants. En 1853, la maladie reparut avec plus d’intensité vers la fin de juin. Dès les premiers jours de juillet, on fit des expériences au jardin botanique de Strasbourg, où l’oïdium se montrait sur différentes espèces de chasselas et de muscat. Les grappes atteintes furent immédiatement marquées et il fut aisé alors de constater que, du jour au lendemain, le nombre de raisins malades était doublé. On saupoudra les treilles avec la fleur de soufre, à l’exception d’une treille de muscat gris et une autre de grand rauschling. Au bout de trois jours, la maladie avait disparu des pieds de vignes souffrés. Quant à ceux non soufrés, l’oïdium y continua sa marche et le quatrième jour des grappes entières étaient complètement rongées. On saupoudra également ces pieds, mais c’était trop tard. La maladie tout en cessant de faire des progrès ne disparut pas entièrement”.

Comme on le constate, ces vieux textes et la réflexion qui les sous-entend sont d’une étonnante actualité.

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