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Ollwiller - L'avis du Connaisseur

Au pied de la montagne du Vieil-Armand, le Grand Cru Ollwiller dessine un amphithéâtre entre le château qui lui donne son nom et la petite commune de Wuenheim, près de Soultz dans le Haut Rhin. Son exposition sud-est et sa géologie issue du champ de fractures de Thann, garantissent la production de vins de très grande qualité.

Les vignes grimpent en pente douce, entre 260 et 320 mètres d’altitude, sur des sols rougeâtres, formés par les apports successifs de sables gréseux provenant de l’altération de la roche mère, des conglomérats d’argile et de calcaire dont la rencontre donne naissance aux marnes argileuses dominant le bas du terroir. Dans ces sols profonds, parfois lourds, exposés à la lumière du soleil tout au long de la journée et protégés des courants froids par le massif vosgien, la vigne puise les substances indispensables à l’élaboration de vins fins et élégants, dont l’ampleur et le gras s’équilibrent dans une extraordinaire composition florale. Les Riesling prédominent sur les 36 hectares du Grand Cru : somptueux, ils expriment un fruité agréable accentué par la minéralité complexe du terroir. Viennent ensuite les Gewurztraminer, distingués par élégance et l’intensité de leurs arômes, où les senteurs de la rose se combinent à l’exotisme raffiné des épices, le velouté du fruit et la fraîcheur toujours présente du minéral. « Profonds et équilibrés, les vins du Grand Cru Ollwiller, sont promis à une longue existence, sous réserve que le vigneron limite le rendement et les apports inutiles d’engrais chimiques », déclare Raymond Schmitt, vigneron à Soultz.

Le Vieil-Armand
Seul vigneron récoltant sur le Grand Cru, Raymond Schmitt fait figure de maquisard dans un environnement géré par les coopératives et notamment celle du Vieil-Armand, à la base du Grand Cru, qui a vu disparaître avec le temps les individualités au profit du travail collectif. Les tragiques événements que connut Wuenheim au siècle dernier expliquent en grande partie cette situation. Au sortir de la Première Guerre Mondiale le village était en ruines et son vignoble, fameux depuis le Moyen Age, totalement décimé. Le Hartmannswillerkopf, la montagne sur laquelle rogne le Grand Cru, était devenue une “ mangeuse d’hommes ”, au cours des combats meurtriers entre les armées françaises et allemandes. Ce sommet, qui projette la vue par delà du bassin minier de la plaine d’Alsace jusqu’à la Forêt Noire, devint par dérivation phonétique en français le Vieil-Armand. C’est le nom que prit la coopérative dont le principal pilier était le domaine Ollwiller, c’est-à-dire la propriété du château toponyme du Grand Cru. L’un et l’autre apparaissent d’ailleurs intimement liés dans l’histoire quant à leurs origines et leur destinée. Maintes fois dévastés par les hordes guerrières, le château et le vignoble renaîtront de leurs ruines comme le phénix mythique renaît de ses cendres.

Moines cisterciens
L’édification du château au XIIe siècle contribua à l’essor du vignoble du lieu dit qui, bien que situé dans l’orbite temporelle de l’évêque de Strasbourg, subvenait aux impérieux besoins de “ vins de messe ” des prélats de Bâle et en particulier des cisterciens de l’abbaye de Lucelle, aux confins de l’Alsace et de la Suisse. C’est sans doute aux moines cisterciens, paysans et intellectuels à la fois, très présents à Soultz, commune à laquelle Wuenheim est rattaché jusqu’en 1832, que l’Ollwiller, comme beaucoup d’autres Grands Crus alsaciens, doit ses origines. Wuenheim, apparaît au XIIe siècle sous le nom de Wunach, toponyme qui, selon certains chercheurs, viendrait de Wunne, terre défrichée, notion qui renvoie au défrichement des forêts pratiqué par les moines pour rendre la terre cultivable. Ceci, bien sûr, avant que les abbayes ne se transforment, au XIIIe siècle, en centres de pouvoir, accumulateurs de bénéfices pécuniaires et des distinctions honorifiques, n’hésitant pas à exproprier les paysans pour étendre leurs domaines. La spéculation foncière qui, de nos jours, entraîne le prix de l’hectare de vigne à des niveaux prohibitifs pour le petit vigneron, a beaucoup de similitudes avec les pratiques féodales d’autrefois, nous commente le vigneron-récoltant Raymond Schmitt.

Ethique du terroir
Au-delà de la convoitise de ceux qui confondent leur devoir de terriens avec accumulation de richesses, l’important, pour Raymond Schmitt, est de ne pas oublier que l’homme comme la vigne a besoin de racines profondes quel que soit le territoire dans lequel il évolue. “ Le rôle du vigneron n’est pas d’élaborer un produit commercial, mais de faire des vins qui parlent avec conviction du terroir qui les enfante et de transmettre l’âme de ce terroir aux générations futures. Face à la mystification actuelle, le vin doit rester un lieu de vérité ”, affirme-t-il, en stigmatisant les forfaitures technologiques qui permettent de fabriquer un millésime sur mesure ou de maquiller l’arôme du vin. Le respect absolu des sols et la proximité du vigneron avec la vigne pour lui apporter, de manière raisonnée, les soins qui la protègent des agressions de l’environnement, constituent les fondements de l’éthique du terroir, déclare Raymond Schmitt. Ensuite, il y a l’amour que le vigneron porte à sa vendange et dans sa cave pour que le vin ne soit que le résultat exclusif de la fermentation du jus de raisin. Sans être opposé au progrès, il fustige la mécanisation à outrance qui déshumanise le vignoble. Alors que les machines à vendanger se répandent dans tous les vignobles de France, Raymond Schmitt défend la récolte manuelle du fruit de la vigne, et son convoyage presque religieux en raisins entiers jusqu’au pressoir à membrane où le jus peut se libérer en douceur. “ Le raisin, dit-il, avant d’être couché dans le pressoir, a besoin d’entendre les voix et les rires des vendangeurs. Il ressentira, avant de se transformer en vin, les vibrations humaines des mains qui l’on cueilli, qu’il nous restituera plus tard dans le verre, au moment de la dégustation, quand l’humanité du vin prend tout son sens avec ceux qui le découvrent et l’apprécient ”.

Rites païens
La découverte des Grands Crus est une invitation au voyage qui, à travers du paysage et des mystères du terroir, nous amène à la rencontre de la simplicité où le plus important est de se laisser guider par l’amitié et les bons vins. “ Je demande au vin de me rafraîchir la mémoire et de me faire voyager, de me restituer de sensations de saisons et des goûts d’ailleurs ”, disait l’acteur Jean Carmet. Raymond Schmitt aime citer cet acteur, aujourd’hui disparu, pour qui la seule arme que l’on puisse tolérer était le tire-bouchon. Dans le “ Pape des Escargot ”, personnage truculent, grand initié des rites païens, qui émoustille les consciences dans le beau pays de Bourgogne, l’écrivain dijonnais Henri Vincenot souligne l’importance de transmettre la mémoire de la terre. “ Dans les région qui font naître le vin, cette tâche incombe aux vignerons ”, conclut Raymond Schmitt, convaincu que les attraits du Grand Cru Ollwiller finiront par éveiller la curiosité des amateurs de bons vins.

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